Fantine

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  • Publié le : 2 avril 2010
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[Introduction]

Jean Valjean, Fantine, Cosette sont autant de personnages inoubliables, qui se prêtent à tous les traitements, cinéma, comédie musicale... tellement connus qu'on a parfois l'impression qu'on les a rencontrés...

Ce ne sont plus seulement des personnages des Misérables, mais des hommes et des femmes à part entière, doués d'une vie propre, avec parfois les visages différentsdes acteurs qui les ont incarnés au cinéma dans les innombrables adaptations du roman, ou dans la comédie musicale qui s'inspire d'eux...

Au départ, il y avait l'émotion de Hugo, son désir de faire partager sa pitié et sa révolte devant la situation des pauvres, des laissés-pour-compte et des marginaux pour provoquer la prise de conscience de ses contemporains ; le résultat ? une oeuvrepoignante, avec des situations fortes, des personnages à la fois humains et symboliques, solidement construits pour qu'ils s'imposent à notre imagination.

Hugo consacre une partie de son roman à Fantine, la mère de Cosette, figure de l'amour maternel, d'une totale abnégation et pourtant impitoyablement broyée par la société. Hugo suscite d'abord notre pitié par la description de la déchéancematérielle, physique et morale de cette pauvre femme, mais il se fait aussi l'accusateur d'une société qui, par son indifférence, son agressivité, sa cupidité provoque la descente aux enfers de cette
infortunée ».
[1. Déchéance pathétique dans un monde de misère]
[1.1. Misère matérielle]

Hugo décrit d'abord avec une grande précision le lieu sordide et étriqué dans lequel va se jouer le drame de ladéchéance de Fantine.

En trois mots, le décor est planté, hideux : « cellule », « mansarde [...] sous le toit », « galetas »...
Les accessoires — le mobilier — sont à l'unisson et révèlent la misère de l'occupante : un simple « matelas » en guise de « lit », « une loque » (terme péjoratif) comme « couverture », une « chaise dépaillée » (le préfixe « dé- » traduit l'usure de l'objet).

Cedénuement est rendu encore plus poignant par tous les mots négatifs qui évoquent cette vie de privation, tout « se déchirai[t] », était « usé « vieux ».

Fantine, dans sa lutte contre la misère, va de défaite en défaite ; « Elle avait perdu la honte, elle perdit la coquetterie », comme en témoigne le mauvais état de ses vêtements, leur saleté même.
Dans cet univers en lambeaux où tout se dégrade(la négation « ne... plus » est employée à deux reprises : « elle n'avait plus », « elle ne raccommodait plus »), la seule abondance que Fantine connaisse, ce sont les heures de travail, les scènes incessantes que lui font ses créanciers, les nuits passées à pleurer, une douleur fixe dans son dos.
[1.2. Une déchéance à la fois physique et morale]

L'extrait commence par un geste symbolique : enjetant son miroir, Fantine prouve qu'elle a abandonné toute prétention à la beauté, à la féminité ; accablée par les malheurs et l'indigence, elle se laisse aller : « elle perdit la coquetterie », « elle sortait avec des bonnets sales ».
Cette négligence et cette indifférence à l'image qu'elle offre aux autres et à elle-même sont une des étapes de sa déchéance morale.
L'abandon du miroirsignifie qu'elle renonce au retour sur soi-même que permet le regard sur soi et qui est le propre de la personne humaine : une bête n'éprouve pas le besoin de s'observer, de prendre une certaine distance par rapport à elle-même.

Fantine, elle, est tout entière dans son effort animal de survie. Mais l'atteinte physique n'est pas seulement extérieure, la maladie mortelle couve déjà, au plus profondde son corps. C'est la tuberculose qui la mine — la maladie faisait alors des ravages dans toutes les classes, mais les plus défavorisées étaient les plus exposées : le mot n'est pas prononcé parce que Fantine ne ressent pour l'instant que des symptômes — toux, fièvre qui lui donne « les yeux brillants », douleur dans le dos — sans savoir les interpréter... Le lecteur, lui, comprend, connaît...
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