Francophonie urbaine

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  • Publié le : 3 avril 2011
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LA NOUVELLE FRANCOPHONIE URBAINE

Introduction générale
« Les langues ni le soleil ne s’arrêtent plus, le jour où elles se figent, c’est qu’elles meurent », c’est le point de vue de Victor Hugo qui est encore, plus que jamais, valable aujourd’hui. La langue ne se fige pas, « elle traîne les rues » analyse finement Alphonse Boudard. Et c’est vrai, la langue est en constante évolution. Hier nousavions quelques accointancesavec certaines personnes tandis qu’aujourd’hui nous sommes « potes » avec ses mêmes personnes. Mais fondamentalement cette langue ne change pas : il existe réellement une langue française qui forme le socle de notre identité. En revanche, certains mots semblent sortis de ce socle, préférant ou même référant à un autre groupe témoin d’une communauté particulière. Lelangage varie donc en fonction d’une culture et devient alors un parler, et c’est le terme que j’emploierai. Et les adolescents parisiens ne dérogent pas à ce qui semble être une règle. « Les jeunes des cités », comme certains les appellent, cherchent à créer leur propre parler en référence à leur propre culture. Et même si de nombreux spécialistes de la langue voient en cela une « sous-culture »,je préférerai, pour ma part, employer le terme de contre-culture. Car ces jeunes sont en effet « contre » la société qui les entourent, et donc par extension contre la langue qui leur est imposée. Ils sont contre tous les modèles, les carcans qu’on leur impose. Ce phénomène d’être « contre » explique notamment la violence de leur vocabulaire. On n’est pas contre quelque chose sans l’exprimer avecvigueur, avec rage.
Aujourd’hui même le cinéma semble s’intéresser à ce phénomène. C’est le cas notamment du film « L’Esquive » de Abdellatif Kechiche qui reçu d’ailleurs quatre césars en 2005.

Introduction méthodologique
Je suis enseignante en milieu spécialisé depuis 7 ans. J’ai travaillé dans divers EREA, enseigner à des classes CIPPA, des classes relais, me confrontant à des élèves issusde milieux défavorisés, souvent sans structure familiale solide (étant suivi par l’ASE) et ayant des problèmes judicaires (suivi par un éducateur de la PJJ) ou encore des problèmes psychologiques (ayant constitué un « dossier MDPH »). Pourtant, si tous ont des problèmes différents, ils ont aussi tous un point commun, une force qui les rallient, qui leur permet de se reconnaitre : ils ont leurpropre parler. Le français appris à l’école n’est pas leur langue. En plus d’avoir des problèmes qui les empêchent ou qui les ont empêchés de suivre une scolarité normale, ils sont tous d’origines différentes (la plupart d’entre eux ont des parents qui viennent du continent Africain). Leurs langues familiales étant différentes, ils ont crée leur langue vernaculaire qui relève d'un code internemarquant leurs différences. Un parler à part entière qui leur appartient et qu’ils revendiquent.
De nombreux sociologues et sociolinguistiques, comme Bourdieu, reconnaissent qu’ « il est central d’envisager les conditions sociales de production d’un énoncé et les contraintes qui pèsent sur les interactants ».

1. LE VERLAN (inversion de l’ordre des syllabes)
Le Verlan apparait comme un miroir àla société dans laquelle les jeunes vivent. Cette volonté de tout mettre à l’envers se retrouve non seulement dans leur façon de s’habiller (casquette à l’envers, les dessous que l’on voir…) mais également dans leur parler. L’image que leur renvoie le monde ne leur plait pas donc ils la renversent, ils l’inversent. Ils passent alors comme le disait Lewis Carroll « de l’autre côté du miroir ».
LeVerlan consiste à renverser les syllabes d’un mot, mais on constate trois façons de « verlaniser » :
* La simple inversion :
Paris = Ripa
Lourd = Relou
Racaille = Caillera
Femme = meuf

* L’inversion suivie d’un ajout d’un autre son :
Sœur = reus+da = reusda

* L’inversion suivie de la suppression de la voyelle ou de la syllabe finale du mot verlanisé :
Flic = quefli (on...
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