Immigration

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  • Publié le : 9 août 2010
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ait été, proportionnellement, aussi importante qu’aux États-Unis, le contraste entre ces deux pays était très frappant. Alors que de l’autre côté de l’Atlantique, depuis deux siècles, l’immigration occupe une place centrale dans la mémoire collective, en France, cet aspect majeur de notre passé national a été très longtemps complètement refoulé. À cet égard, il existe une grande différence entrel’immigration et la colonisation. Le passé colonial de la France n’a jamais été, en effet, refoulé en tant que tel. Très tôt, nous avons eu une histoire coloniale partisane, à caractère hagiographique. Et c’est contre celle-ci qu’une histoire coloniale plus scientifique, et plus critique, s’est construite au cours des dernières décennies. En revanche, l’histoire de l’immigration s’est développéesur un terrain vierge, pour combler un manque, pour exhumer une dimension refoulée de notre histoire nationale. Avant que naisse ce nouveau champ de recherche, les historiens s’étaient surtout intéressés à la question de l’émigration (voir les travaux sur les huguenots fuyant les persécutions sous l’Ancien Régime, ou sur les nobles ayant émigré dans les pays voisins pour échapper à la Terreurpendant la Révolution française). L’histoire économique et sociale s’est penchée, quant à elle, sur les migrations “intérieures”, en privilégiant la question de l’exode rural.

Un nouveau contexte intellectuel
L’histoire de l’immigration a pris son envol parce qu’elle est parvenue à définir ce qui constituait son objet propre. On peut parler d’immigration, au sens strict du terme, lorsque desindividus se déplacent dans l’espace et franchissent une frontière. C’est cette double dimension qui explique l’importance centrale de cette question dans notre histoire contemporaine. Elle se situe en effet au croisement des deux révolutions qui ont fait basculer notre monde dans la modernité. La première, c’est bien sûr la Révolution française, qui inaugure l’âge des États nations fondés sur leprincipe de la souveraineté du peuple et marqués par un clivage fondamental opposant le national à l’étranger. La seconde, c’est la révolution industrielle. Avec le progrès technique (naissance du chemin de fer) et l’apparition des grandes usines, la mobilité des hommes s’accélère considérablement et prend un aspect beaucoup plus massif. C’est la conjonction de

Les chantiers de l’histoire

39 3)- Comme le montrent les définitions des dictionnaires, ces deux termes ont des connotations différentes. Le mot “immigrant”, d’origine américaine, met l’accent sur l’installation des populations, leur contribution au développement de la nation. Le terme “immigré” met l’accent sur le moment présent et sur le caractère transitoire du processus migratoire. L’autre raison qui plaide aujourd’hui pourl’emploi du mot “immigrant” est que “immigré” est devenu une catégorie statistique, dont la définition rigide a été fixée par l’Institut national d’études démographiques (Ined) pour des fins qui ne sont pas celles de l’historien.

ces deux phénomènes qui a entraîné l’apparition des immigrés (qu’il vaut mieux appeler les “immigrants”) dont nous parlons aujourd’hui(3). Deux types d’incitationsont poussé les historiens à s’intéresser à cette question au cours des années quatre-vingt. En premier lieu, il faut évoquer le contexte intellectuel. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un milieu regroupant des gens qui voulaient concilier la réflexion et l’action s’est constitué autour des problèmes migratoires. Dans l’étude qu’il a consacrée à l’histoire de la revue Hommes & Migrations(cf. www.adri.fr/hm, ndlr), Philippe Dewitte (rédacteur en chef de la revue Hommes & Migrations de 1990 à 2005,et historien, ndlr) a rappelé la contribution essentielle qu’a apportée ce milieu pour commencer à cerner les questions qui nous intéressent encore aujourd’hui. Dès 1947, le père Jacques Ghys, qui avait longtemps vécu en Tunisie, a fondé une association, l’Amana (assistance morale et aide...
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