Je est un autre.

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  • Publié le : 30 novembre 2010
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Dissertation Philosophie
« Je est un autre »

C'est dans une lettre destinée à Paul Demeny en 1871, que le poète français Arthur Rimbaud écrivit la formule radicale « je est un autre ». Cette dernière soulève de nombreuses interrogations dans les courants philosophiques, tout comme les énigmes du moi, qui portent bien leur nom étant donné qu'une énigme est un mystère qu'il est difficile depercer à cause de l'obscurité des données qui pourraient permettre d'y répondre. Dans ce cas, l'obscurité vient par exemples de l'inconscience, de l'oubli, de la mauvaise foi ou encore de la méconnaissance de soi. De plus, ici les enjeux sont énormes, car il s'agit tout de même de notre vie : tout le monde a été au moins une fois durant son existence, amené à se demander « qui suis-je ? ». On est àla fois celui qui pose la question et celui qui détient la réponse mais pourtant si on pose la question c'est que, justement, on ne connait pas la réponse. Ceci est plutôt paradoxal. Par conséquent, on cherche la réponse ailleurs, chez autrui.
A travers le verbe être conjugué à la troisième personne du singulier dans « je est un autre », Rimbaud choisit d'exprimer une vérité du sujet « je », c'estpourquoi la formule n'est pas « je suis un autre ». Il faut alors se pencher sur la relation du sujet avec autrui. Mais à première vue, cette formule pourrait paraître absurde. En effet, « je » c'est celui qui parle, c'est l'identité de la personne, ce qui s'oppose à « un autre » qui est un étranger, une personne indéfinie et qui ramène donc à la notion d'altérité. Comment se pourrait-il alorsque « je » et « un autre » ne fassent qu'un étant donné qu'ils sont apparement en contradiction l'un et l'autre ? L'expression « je est un autre » a-t-elle vraiment un sens ?
La formule de Rimbaud remet ainsi en question la frontière qui sépare l'identité de l'altérité. Où se situe donc cette limite ? Quel est le rôle de l'autre dans la formation du « je » ? Quel est ce rapport qui existe entre« je » et autrui ?

« Je », c'est moi, c'est pas lui, l'autre : c'est mon corps, mes sentiments, mes impressions, mon âme et mon esprit, pas les siens. Le sujet et l'autre ne ressentent pas les choses de la même façon, ils sont différents, que ce soit un autre précis ou un autre quelconque comme pourrait l'introduire le pronom indéfini « un ». Ils ne partagent pas les mêmes cénesthésies, qui sontpropres à chaque individu. C'est pourquoi l'autre reste étranger au « moi ». Par exemples, ce n'est pas commun à tout le monde d'aimer particulièrement l'odeur de la sueur, des pièces de monnaie chauffées dans la main comme c'est le cas pour Michel Leiris qui nous en fait part dans L'âge d'homme, ou encore, l'odeur du pipi après avoir mangé des asperges. Il en est de même avec le plaisir et lasouffrance. Prenons le cas des piqûres : planter une aiguille dans la peau d'une personne ne provoque pas la même réaction chez tous les individus. Certains ne sentent rien, d'autres en ont la phobie ! Quant au plaisir, pourquoi ne pas comparer les différentes attitudes des gens qui y goûtent : il y en a des plus satisfaits que d'autres comme par exemple devant un spectacle. C'est ainsi que l'existencede la frontière entre l'identité et l'altérité est mise en évidence. Il y a singularité du corps et de l'âme. De fait, ceci nous amène à dire que « je » n'est pas « un autre », il est tout simplement « je ». Mais le sujet est-il constant ?
L'enfant confond au tout départ le « moi » et le monde : on parle d'indifférenciation. C'est par la suite qu'il prend conscience de lui et pose le monde commeobjet, devant lui et donc différent de lui. Ceci se fait progressivement à travers les expériences de la vie et plus précisément, à travers les résistances qu'il va rencontrer dans son environnement, comme une douleur qu'une personne extérieure ne percevrait pas. Il s'agit de l'objectivation du monde. A partir de ce moment-là, le « je » n'est plus le monde, il n'est pas « un autre », ce qui...
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