La conscience

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  • Publié le : 7 avril 2009
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Les enjeux de la notion ' une première définition Commençons avec un peu d’étymologie. Le mot français conscience vient du latin_conscientia_ qui est formé de cum qui signifie « avec », et de scientia pour « science ». Être conscient lorsque nous agissons, éprouvons quelque chose, réfléchissons, etc. c’est ainsi posséder simultanément une connaissance de ces actes, sensations, réflexions. Cetteconnaissance peut avoir tous les degrés de clarté, depuis le sentiment le plus vague jusqu’au savoir le plus évident. La conscience est donc comme un redoublement à l’intérieur de nous-mêmes de ce que nous faisons ou pensons. Il devient ainsi clair que la distinction que nous faisons communément entre une conscience du monde, comme attention ou sensibilité à ce qui se passe en dehors de nous, etune conscience de soi ou conscience réflexive, comme état intérieur ou sentiment de notre existence, n’est pas réellement pertinente car la philosophie nous apprend que la conscience que nous avons de nous-mêmes est toujours conscience de nos rapports au monde, de nos relations avec les autres êtres, les autres personnes, etc. Cela ne signifie cependant pas que la conscience soit un conceptunivoque qui aurait eu un noyau de signification partagée par tous les philosophes. Tout au contraire, il y a une distinction très nette (que l’on retrouve dans notre langage ordinaire) dans l’histoire de la philosophie entre la conscience conçue comme « conscience morale », permettant de distinguer le bien du mal et ayant un but principalement pratique, et la conscience comme source de connaissance desoi et du monde et ayant un but principalement théorique. Les Grecs et le concept de conscience _« Rien de plus misérable que l’homme qui tourne autour de tout, qui scrute, comme on dit, « les profondeurs de la terre », qui cherche à deviner ce qui se passe dans les âmes d’autrui, et qui ne sent pas qu’il lui suffit d’être en face du seul génie qui réside en lui, et de l’honorer d’un cultesincère. »_ Marc Aurèle, Pensées pour moi-même. La philosophie, on le sait, est né en Grèce. Les Grecs ont soulevé des problèmes fondamentaux de la pensée qui, plus de 2000 ans après, sont encore l’objet d’ardents débats. On pourrait alors s’attendre à ce qu’ils aient formé, au moins dans ses grandes lignes, ce qui a été l’un des concepts essentiels de la philosophie (et surtout de la philosophiemoderne), le concept de conscience. Or, on ne trouve pas dans la langue grecque de terme qui recouvre ce que le latin, le français, l’anglais ou l’allemand désigne comme étant la conscience. Ajoutons qu’il serait tout à fait illégitime de considérer l’_âme_(_psychè_) des Grecs comme un équivalent de la conscience. Les Grecs n’ont pas éprouvé le besoin de penser ce qui pour nous semble être unedimension essentielle de notre existence. La grande importance, dans la Grèce antique, de la vie publique, des activités politiques et le désintéressement à l’égard du repli sur soi, de la vie privée peut fournir une raison de cette absence (bien que ce soit une raison historique ou anthropologique et non philosophique). S’il n’y a pas de concept de conscience chez les Grecs, ceux-ci ont néanmoinsdéveloppé diverses considérations qui préfigurent les pensées qui prendront explicitement la conscience pour objet. Évoquons la notion de suneidèsis qui signifie à l’origine le fait de se prendre comme témoin de soi-même. Ce terme évolue dans la philosophie grecque et se réfère alors au savoir que l’on a de soi-même au sens où l’on se connaît en évaluant la moralité de ses actes. Il y a donc ici lesprémisses d’un retournement sur soi, d’un retour à l’intimité de la personne. Ce sont les stoïciens qui les premiers souligneront l’importance de l’_intériorité_. Les pensées pour moi-même de l’empereur Marc Aurèle sont la parfaite illustration de cette « citadelle intérieure » que peut bâtir l’homme d’action. Cette tendance au souci de soi devient alors prédominante comme en témoigne notamment la...
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