La crise actuelle

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  • Publié le : 16 avril 2011
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La crise actuelle
Louis Gill
L’origine de la crise actuelle, on le sait, se trouve dans les défaillances massives des prêts hypothécaires à haut risque consentis à grande échelle aux États-Unis à des acheteurs de maison non solvables. Mais elle puise ses racines profondes dans l’hyperdéveloppement d’un capital volatil détaché de l’investissement dans la production, libre de se déplacer dansl’espace planétaire en fonction des seuls besoins de sa valorisation.
Article paru dans À Bâbord, no 28, février-mars 2009, sous le titre « Une crise annoncée ».
Le coup d’envoi de ce développement, puissamment stimulé depuis 1980 par la libéralisation et la déréglementation néolibérales, a été donné par l’effondrement en 1971 du système des taux de change fixes entre les monnaies mis en place àBretton Woods en 1944 et la naissance des ancêtres des complexes produits dérivés d’aujourd’hui que furent les premiers contrats de couverture (hedge) sur les devises devenues fluctuantes.
L’économie mondiale dominée par la finance est le lieu naturel du déploiement du capital fictif, de la spéculation, de la recherche par des moyens douteux du rendement maximum à court terme, de la manipulation etde la fraude. De 5,2 % en 1980, la part du secteur financier dans la capitalisation boursière a atteint 23,5 % en 2007 aux États-Unis [1]. À l’échelle mondiale, la valeur des produits dérivés de toute sorte atteignait à la même date près de dix fois le Produit intérieur brut mondial. Cela démontre que la majeure partie du capital se trouve investie dans des opérations qui ont peu à voir avecl’économie réelle, des opérations dont la valeur fluctue au gré des mouvements spéculatifs et dont le montant est propulsé à des sommets par des effets de levier donnant lieu à un endettement de l’ordre de plus de trente fois le capital propre des établissements de crédit.
Dans ce contexte général, la crise actuelle a été engendrée par les moyens mêmes qui avaient été favorisés pour tirer l’économie desÉtats-Unis de la léthargie consécutive au dégonflement de la « bulle technologique » en 2001 et 2002 : taux d’intérêt exceptionnellement bas, accès facile à la propriété sans égard aux moyens financiers des acheteurs et refinancement des hypothèques sous la forme de marges de crédit hypothécaires destinées à accroître la consommation courante. La formule a fonctionné tant que les prix immobiliersse sont maintenus et que les taux d’intérêt sont restés bas. Mais les prix ont dégringolé à partir de 2006, de sorte que la valeur marchande des maisons a chuté sous la valeur du montant de l’emprunt à renouveler et les taux d’intérêt ont augmenté considérablement : le taux directeur de la Banque centrale des États-Unis , qui était de l’ordre de 1 % de 2004 à 2006, était porté à 5,25 % en 2006.D’où un très grand nombre de défaillances qui ont entraîné aux États-Unis l’anéantissement de milliers de milliards de dollars de valeur, la perte de leur maison pour des millions de ménages et l’éviction d’une multitude de locataires à la suite de la faillite de leurs propriétaires.
Les dessous de la crise financière
La crise immobilière s’est dès lors transformée en crise financière. De sonépicentre aux États-Unis, elle s’est rapidement propagée dans le monde entier par le biais d’une opaque architecture financière fondée sur une surexposition au risque, du fait que les prêts hypothécaires à haut risque avaient été massivement regroupés par tranches avec d’autres créances (créances sur cartes de crédit, prêt-bail automobile, prêts accordés aux entreprises et aux commerçants, prêtspersonnels) au sein de nouveaux titres, de court terme, « adossés » à ces actifs (ou « garantis » par eux). Le marché sur lequel se transigent ces créances s’est écroulé à partir de 2007 en raison des nombreuses défaillances des prêts hypothécaires.
L’adossement de titres à des actifs est l’une des multiples facettes de la titrisation généralisée, technique vue comme une géniale innovation des...
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