La culture rend-elle meilleur ?

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  • Publié le : 4 mai 2010
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Introduction
On peut considérer notre temps comme un temps de haute culture : la complexité et le raffinement de nos inventions, la somme de connaissances dans tous les domaines, ou encore l'inventivité dont la modernité fait preuve en art et en littérature peuvent en apporter le témoignage. Il n'est cependant pas dit que les hommes d'aujourd'hui soient pour autant meilleurs que ceux qui les ontprécédés : le siècle qui vient de s'achever n'a-t-il pas vu se succéder deux guerres mondiales, où atrocités et barbaries semblent s'être déchaînées sur une échelle à proprement parler inouïe ? Que nous soyons devenus meilleurs dans notre maîtrise du réel − autrement dit plus efficaces − est un fait ; mais que nous soyons devenus meilleurs absolument parlant − c'est-à-dire sur le plan de lamoralité −, c'est ce dont nous pouvons à bon droit douter. Alors, la culture rend-elle meilleur ?
Non seulement l'histoire humaine n'a pas mis fin aux guerres fratricides et à l'injustice, mais il semblerait qu'elle les ait rendues plus sophistiquées et plus hypocrites : aux bassesses des hommes civilisés, on serait alors tenté d'opposer la bonté de l'innocence, celle d'un homme que la société de sessemblables n'aurait pas perverti : celle d'un homme naturel, ou d'un bon sauvage. Pourtant, un tel homme en mériterait-il encore le nom ? Hors de toute culture, peut-on encore parler d'humanité ? Il nous faudra sans doute répondre à cette question par la négative : peut-être alors que la culture ne nous rend pas meilleurs, mais à tout le moins, on peut soutenir qu'elle nous rend hommes,c'est-à-dire capables du pire, sans doute, mais aussi du meilleur.

I. La culture comme processus de dégradation morale
1. L'humilité de la vertu contre l'orgueil de la culture
La question de savoir si la culture favorise ou non la moralité des mœurs ne date pas d'aujourd'hui ; en 1749, l'Académie de Dijon avait précisément mis cette question au concours en demandant « si le rétablissement des scienceset des arts a contribué à épurer les mœurs ». Or contre l'optimisme dominant du siècle des Lumières, contre sa foi en la toute-puissance de la raison sur les passions et la nature, celui qui remporta le premier prix répondit de manière provocatrice par la négative : à l'homme orgueilleux et fier de ses pouvoirs nouvellement conquis, Rousseau oppose dans son discours de réponse − le Discours surles sciences et les arts de 1750 − l'humilité de la vertu et les bienfaits d'une certaine forme d'ignorance. Le jugement est abrupt : « nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection » ; autrement dit, plus la culture progresse, plus les mœurs se corrompent, et plus les hommes deviennent lâches et méchants.

2. L'histoire de la culture comme chuteQu'est-ce qui motive une telle condamnation de la culture ? Au lieu de permettre l'instauration d'une société plus juste, le développement des sciences et des arts a conforté voire accru les inégalités politiques et économiques entre les hommes : le scandale de la cohabitation de la misère et du luxe, de la maîtrise et de la servitude, voilà le spectacle qu'offre à tous un siècle qui se veuthautement cultivé. Les « peuples policés », au goût délicat et aux mœurs raffinées, ont ainsi « les apparences de toutes les vertus sans en avoir aucune ». Alors même que l'esprit humain triomphe, c'est l'homme lui-même, par orgueil, qui s'est perdu. L'histoire humaine n'est alors plus que l'histoire d'une chute dans la corruption et la dépravation des mœurs, et le coupable, c'est semble-t-il leprocessus de culture lui-même comme négation de la nature.

3. L'innocence naturelle
En effet, ce que nous avons ainsi combattu tout au long de notre histoire mouvementée, c'est la bienheureuse ignorance dans laquelle nous avait placés la nature − pour notre bien, aux yeux de Rousseau. Le désir de connaissance, comme moteur du progrès culturel, apparaît alors comme le premier de tous les maux....
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