La culture

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 39 (9689 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 30 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La culture

Introduction

Dans l’usage courant du terme, le mot "culture" renvoie à l’idée de posséder des connaissances diverses : arts, histoire, sciences…on parle dans ce sens de quelqu’un de cultivé. Mais en philosophie, la notion de culture est à la fois plus précise et plus vaste, elle se comprend en opposition avec celle de nature : est culturel tout ce qui n’est pas naturel, ce quisuppose l’intervention humaine par opposition avec ce qui existe antérieurement à cette intervention. Une trace de ce sens apparaît dans le mot"agriculture" littéralement la culture de la terre, ce que la main de l’homme fait pousser en opposition à la nature.
Cette définition reste pourtant insuffisante puisqu’elle est doublement négative (on définit la culture par opposition à la naturemais sans encore dire ce que sont positivement l’une et l’autre.) Or, s’agissant de l’homme, la difficulté consiste à trouver un critère qui précisément permette de faire la distinction entre le naturel et le culturel, où passe la limite dans quelles mesures pouvons nous affirmer que l’homme ne vit pas intégré dans l’ordre naturel mais dans un environnement culturel fabriqué par lui-même ? Certes, entant que vivant parmi les vivants, l’être humain appartient à la nature (il naît, il croît, il meure, il se nourrit, il se reproduit.) Mais le naturel chez l’homme semble toujours l’objet d’une élaboration seconde au sens où il est constamment transformé et réinterprété par la culture : la sexualité humaine par exemple ne peut être dite naturelle dans la mesure où elle n’est pas exclusivementreproductive (ce qui est le cas de la majorité des vivants à reproduction sexuée à quelques rares exceptions près : les bonobos.) Surtout, la sexualité humaine est marquée culturellement par le fait qu’elle est normée. L’ethnologue Claude Lévi-Strauss a montré qu’il existait un interdit universel repérable dans toutes les sociétés connues, celui de l’inceste (même si la définition de l’inceste varieselon la définition de la parenté.) Cette norme sexuelle fondamentale s’explique en fonction de la structure des sociétés d’elles-mêmes : aucune société qui ne soit constituée au-delà de la cellule familiale, il faut que les individus puissent procéder à des échanges qui les lient les uns avec les autres. L’échange de femmes entre groupes familiaux est le premier de tous ces liens. [ On remarqueque de nombreux autres interdits sexuels s’ajoutent à celui de l’inceste, variables, ceux là selon les cultures et les époques ( pédophilies, homosexualité…)]
Même dans les pratiques humaines qui nous paraissent être les plus marquées par la sauvagerie et l’animalité comme le cannibalisme, il apparaît que de tels comportements ne sont pas assimilables à leurs équivalents dans les groupesanimaux. Le cannibalisme doit encore se comprendre en fonction des normes en vigueur dans les sociétés. Dans les sociétés qui font peser un interdit fondamental s’il en est sur la consommation de chair humaine, le cannibalisme apparaît comme une transgression ultime de la norme (ce que la psychanalyse identifie comme une perversion.) En revanche dans les sociétés qui admettent cette pratique, lecannibalisme est la norme elle-même insérée dans un système culturel de rites et de croyances. L’ethnologue Pierre Clastres (XXe) dans sa Chronique des Guayakis montre comment ces Indiens du Paraguay pratiquent l’endocannibalisme, ils mangent leurs propres morts pour répondre à la menace que constitue pour les vivants l’âme des morts : le danger d’être attiré de l’autre côté, d’être assimilés et digéréspar la consommation effective du cadavre. D’une façon générale, on constate dans les sociétés humaines un évènement biologique comme la mort n’est jamais vécu comme tel, l’anthropologie voit d’ailleurs dans la présence de rites funéraires un des indices majeurs de l’apparition de culture constituée. Ce type de pratique ne se rencontre pas dans le monde naturel, à l’exception peut-être de...
tracking img