La mort

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  • Publié le : 3 avril 2011
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Le convoi funèbre s’avance en plein champ en direction du cimetière que l’on devine proche. Tous déambulent derrière une charrette montée par un cheval vêtu de noir. Le cercueil trône dessus et moi dedans. Le chemin serpente dans un paysage montagneux, j’en ressens les moindres secousses et les moindres pierres qui jonchent le sol. Je perçois le noir, les planches qui m’entourent et dans lesinterstices les gens qui me suivent. Alors j’hurle et je fais tanguer le cercueil jusqu’à enfin parvenir à le faire glisser puis s’effondrer au sol. Je suis enfin libre. J’aspire une grande bouffée d’air et m’élance tant bien que mal vers la vallée, poursuivi par la meute qui me demande de retourner dans ma caisse en bois. Alors je me réveille le cœur battant.

Ce cauchemar je l’ai trèsrégulièrement visionné. Il a commencé à s’estomper à la naissance de mon premier enfant.
Dans la mesure où la mort ne s’oppose pas à la vie mais à la naissance, il existe de fait des liens étroits entre ces naissances, cette renaissance et l’arrêt de mes cauchemars.

Maurice Maeterlinck : « il est tout à fait raisonnable et légitime de se persuader que la tombe n’est pas plus redoutable que le berceau.»La mort est une rupture, un saut dans l’inconnu.
Ce fut cette conscience de ce passage initiatique primordial, ce saut, ce souhait de ne se raccrocher à rien et bien au contraire de se laisser s’enfouir pour ne plus s’enfuir, oser se mirer et non plus s’admirer qui m’ont permis d’évoluer, conscient que ce plongeon serait d’une certaine manière définitif, sans possibilité de retour. Cette périoded’Apprentissage fut douloureuse : perdre ses repères de profane, aller au plus profond de soi même, s’écouter, se sentir enfin et remonter à la Lumière.
Notre capacité d’élévation est totalement liée à notre travail sur nous-mêmes, à ce retour dans nos profondeurs, à cette introspection.

Si Platon précisait « philosopher, c’est apprendre à mourir », Sénèque évoquait le lien mort – vie dans« Lettres à Lucilius » : « Epicure sera accommodant, lui qui déclare : « entraîne toi à la Mort » (…). Qui dit cela ordonne de s’entraîner à la liberté. Qui a appris à mourir a désappris à être esclave (…). Que lui font la prison, les gardes et les verrous ? Il n’y a qu’une seule chaîne qui nous tient ligotés, l’amour de la vie, qui, s’il ne doit pas être rejeté, doit être diminué de telle sorte que si unjour la situation l’exige, rien ne nous retienne rien ne nous empêche d’être fin prêts à faire sur le champ ce qu’un jour ou l’autre il faut faire. », ce que fit d’ailleurs Sénèque.
Sénèque reprend ensuite le thème de « la brièveté de la vie » dans le livre du même nom : « La plupart des mortels se plaignent de la méchanceté de la nature : nous sommes nés pour une portion infime de temps et lesheures qui nous sont données courent si rapidement que, à l’exception d’un très petit nombre, la vie nous abandonne tous au moment même où nous nous apprêtons à vivre.
Non, nous n’avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup. La vie est assez longue et largement octroyée pour permettre d’achever les plus grandes entreprises, à condition qu’elle soit toute entière placée à bonescient.
Oui il en est ainsi : nous n’avons pas reçu une vie brève, mais nous la rendons brève. »

Non seulement la Mort n’est pas une opposition à la Vie mais elle constitue en quelque sorte son révélateur : en la limitant, elle met en situation l’Être Vivant d’en apprécier chaque instant.
La conscience de la Mort nous oblige à vivre pleinement et son mystère nous contraint à nous spiritualiser.Entre la Terre et le Ciel, pendant ce passage de la Vie devenu à la fois si étroit et si large, nous passons naturellement à un autre niveau de conscience où nous franchissons d’autres frontières qui ne sont plus limitées à nous-mêmes mais à une part de réflexions et d’actions incessantes, entre la nuit et le jour, le noir et le blanc où nous nous transcendons enfin dans une spirale...
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