La philosophie du travail

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  • Publié le : 30 décembre 2010
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Travail, technique, technologie - 1

Dans un sens très fort, on peut dire que l’art ne sert à rien. Le but esthétique s’oppose au but utilitaire. Un outil cassé est cassé ; une œuvre cassée ou inachevée reste une œuvre. Il existe une opposition entre contemplation désintéressée et labeur utile. Dans ce sens, la pensée classique nie que l'art soit évaluable selon des critères de rentabilité oud'efficacité. Théophile Gautier et les parnassiens proclament ainsi l'absolue gratuité de l'art (et en profitent pour critiquer vertement la notion d'utilité) : il aurait, en effet, sa fin en lui-même - à la différence d'un outil, par exemple. Un marteau sert à planter des clous : son but diffère de lui-même ; une sculpture, en revanche, n'a d'autre fonction que d'être admirée pour elle-même.Pourtant, cette analyse soulève aussitôt un problème : si le but esthétique constitue en soi un but, on doit admettre que l’œuvre d’art ambitionne de plaire - plaire au public, s'entend. Tel était d'ailleurs l'un des critères de Hume dans la norme du goût (voir cours sur la diversité des goûts). Aussi l'oeuvre d'art a-t-elle bien une fonction, très générale : celle d’embellir la vie. Partant de ceconstat, Nietzsche est ramené à une position beaucoup plus ancienne :

Contre l’art des œuvres d’art. – L’art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres et agréables si possible : ayant cette tâche en vue, il modère et nous tient en bride, crée des formes de civilité, lie ceux dont l’éducation n’est pas faite à des lois de convenance, de propreté, depolitesse, leur apprend à parler et à se taire au bon moment. De plus, l’art doit cacher ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables ou dégoûtantes qui malgré tous les efforts, à cause des origines de la nature humaine, viendront toujours de nouveau à la surface : il doit agir ainsi surtout pour ce qui est des passions, des douleurs de l’âme et des craintes, et fairetransparaître, dans la laideur inévitable ou insurmontable, son côté significatif. Après cette tâche de l’art, dont la grandeur va jusqu’à l’énormité, l’art que l’on appelle véritable, l’art des œuvres d’art n’est qu’accessoire. L’homme qui sent en lui un excédent de forces qui embellissent, cachent, transforment, finira par chercher à s’alléger de cet excédent par l’œuvre d’art ; dans certainescirconstances, c’est tout un peuple qui agira ainsi. – Mais on a l’habitude, aujourd’hui, de commencer l’art par la fin ; on se suspend à sa queue, avec l’idée que l’art des œuvres d’art est le principal et que c’est en partant de cet art que la vie doit être améliorée et transformée. Fous que nous sommes ! Si nous commençons le repas par le dessert, goûtant à un plat sucré après l’autre, quoid’étonnant si nous nous gâtons l’estomac et même l’appétit pour le bon festin, fortifiant et nourrissant, auquel l’art nous convie ?
Nietzsche, Humain, trop humain, II, 174

Nietzsche opère une distinction conceptuelle entre l’art des « œuvres d’art » (le produit de l'activité des artistes inspirés par les neuf muses) et le « grand art » (ensemble des pratiques et techniques visant à faciliter la vie ensociété). A en croire Nietzsche, les humains, pour supporter de vivre en société, ont absolument besoin de tout un appareil d'artifices comprenant un système normatif (lois, morale et politesse) pour empêcher les comportements les plus gênants, un ensemble d'appareils techniques (outils et machines) pour se faciliter l'existence, et une culture destinée à dissimuler (ou du moins à réinterpréterpour rendre acceptable) la crasse, la pauvreté, l'absurdité, la petitesse, la médiocrité de la condition humaine. L'art des artistes appartient à cette culture, sous-section du « grand art ». (Notons au passage que Nietzsche dévoile ici un des thèmes majeurs de sa pensée : la vie, pour être supportable, doit s'entourer d'illusions car nul n'accepterait de vivre en toute lucidité.)

Dès lors,...
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