La question linguistique belge

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  • Publié le : 13 novembre 2012
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La question linguistique belge

Le dimanche 14 octobre 2012, les élections communales et provinciales belges ont eu lieu. Le plus marquant : à nouveau une percée de l'Alliance néo-flamande (N-VA) en Flandre, le parti indépendantiste flamand dirigé par Bart De Wever. Ce résultat est parfois attribué à l'échec de la Wallonie et de Bruxelles à réussir leur redressement, d'autres le considèrentcomme une simple victoire locale sans implications au niveau fédéral. Toujours est-il que l'existence et le succès d'un tel parti témoignent des tensions communautaires importantes. La Belgique, démocratie consociative, a longtemps été tiraillée par celles-ci. Et la langue est l'emblème de ces tensions, qui remettent en cause l'unité du pays, si cette unité est véritablement envisageable. En quoila question linguistique belge est-elle un déterminant fondamental de la cohésion et du fonctionnement du pays ? Il s'avère nécessaire d'examiner la consécration progressive du clivage linguistique avant d'en dégager les enjeux pour différents volets du fonctionnement de la Belgique.

I) La consécration du clivage linguistique
1) Origines du clivage
- Sous le régime de Guillaume IerD’Orange, francophones et Flamands combattent solidairement pour leur indépendance. A l’origine de cette revendication, non pas la question linguistique, mais l’imposition - entre autres - du protestantisme par le souverain hollandais aux francophones et aux Flamands, à l’époque majoritairement catholiques. Et il apparaît logique qu'au lendemain de l'indépendance, en 1830, le français s’impose comme uniquelangue nationale, d'autant plus qu'il s'agit de la langue de l’élite européenne.
- Le flamand et le wallon sont employés au sein des mêmes communes. Les premières revendications linguistiques flamandes datent des années 1840-1850, en voyant le français conquérir les institutions politiques, militaires, judiciaires, économiques et éducatives depuis l'indépendance. Elles étaient avant toutculturelles et littéraires, car elles émanent de l'élite flamande. Le sentiment identitaire flamand et les mouvements de revendication radicaux, désormais politiques et sociaux, s’affirment, mais l’attachement national reste majoritaire.
- C’est la question royale de 1951 (référendum sur le retour de Léopold III après la Seconde Guerre mondiale : majorité de Flamands favorable au roi, et majorités deWallons et de Bruxellois refusent son retour) qui mettra fin à l’unité, et divise Wallons et Flamands, faisant ainsi de la question linguistique un abcès de fixation des divergences entre ceux-ci. La Belgique n'est pas une nation. Les francophones sont exclus de l’université de Louvain, les grands partis politiques se scindent en deux groupes linguistiques. Le bilinguisme est consacré, la frontièrelinguistique est définitivement tracée en 1963, les autorités politiques créent Bruxelles-Hal-Vilvorde et scindent le Brabant. Selon Tusseau, il serait plus authentique de parler de "deux unilinguismes, plutôt que d'un bilinguisme", avec l'exception de l'arrondissement BHV.

2) Etablissement progressif de la frontière linguistique :
- Avant 1878, le français est la seule langue officiellede la Belgique.
- Loi du 22 mai 1878 : Français et néerlandais peuvent être utilisés indifféremment dans les quatre provinces du nord et les arrondissements de Louvain et de Bruxelles.
- Loi du 31 juillet 1921 : une véritable frontière linguistique est mise en place. Les communes du nord doivent utiliser exclusivement le français, et les communes du sud le français. Dans l'agglomérationbruxelloise (en voie de francisation : un francisation amorcée dès le XIX siècle, poussée par le prestige du français en tant que langue de haute culture et d'échange, et le statut inférieur du néerlandais), l'usage de l'une ou de l'autre langue est permis : statut très particulier de BHV jusqu'aujourd'hui, capitale internationale où l'anglais pèse aussi. Un statut de "bilinguisme externe" est mis en...
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