Le commentaire

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  • Publié le : 7 octobre 2011
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Acte I
Le théâtre représente une rue de Séville, où toutes les croisées sont grillées.
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Scène I
LE COMTE, seul, en grand manteau brun et chapeau rabattu.
Il tire sa montre en se promenant.
Le jour est moins avancé que je ne croyais. L'heure à laquelle elle a coutume de se montrer derrière sa jalousie est encore éloignée. N'importe; il vaut mieux arriver trop tôt, que de manquerl'instant de la voir. Si quelque aimable de la Cour pouvait me deviner à cent lieues de Madrid, arrêté tous les matins sous les fenêtres d'une femme à qui je n'ai jamais parlé, il me prendrait pour un Espagnol du temps d'Isabelle...
Pourquoi non ? Chacun court après le bonheur. Il est pour moi dans le coeur de Rosine... Mais quoi ! suivre une femme à Séville, quand Madrid et la Cour offrent de toutesparts des plaisirs si faciles ?... Et c'est cela même que je fuis. Je suis las des conquêtes que l'intérêt, la convenance ou la vanité nous présentent sans cesse. Il est si doux d'être aimé pour soi-même! Et si je pouvais m'assurer sous ce déguisement... Au diable l'importun !
 
 
 
 
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Scène II
FIGARO, LE COMTE, caché
FIGARO, une guitare sur le dos, attachée en bandoulière avec un largeruban; il chantonne gaiement, un papier et un crayon à la main.
Bannissons le chagrin, Il nous consume :
Sans le feu du bon vin
Qui nous rallume,
Réduit à languir,
L'homme, sans plaisir,
Vivrait comme un sot,
Et mourrait bientôt.
Jusque-là ceci ne va pas mal, hein, hein?
Et mourrait bientôt...
Le vin et la paresse
Se disputent mon coeur.
Eh non ! ils ne se le disputent pas, ils yrègnent paisiblement ensemble...
Se partagent... mon coeur.
Dit-on : se partagent ?...
Eh ! mon Dieu, nos faiseurs d'opéras comiques n'y regardent pas de si près. Aujourd'hui, ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante. (Il chante.) Le vin et la paresse
Se partagent mon coeur.
Je voudrais finir par quelque chose de beau, de brillant, de scintillant, qui eût l'air d'une pensée. (Il met ungenou en terre, et écrit en chantant.)
Se partagent mon coeur.
Si l'une a ma tendresse...
L'autre fait mon bonheur.
Fi donc! c'est plat. Ce n'est pas ça... Il me faut une opposition, une antithèse :
Si l'une... est ma maîtresse, L'autre...
Eh! parbleu, J'y suis.
L'autre est mon serviteur
Fort bien, Figaro !... (Il écrit en chantant. )
Le vin et la paresse
Se partagent mon coeur.
Sil'une est ma maîtresse,
L'autre est mon serviteur.
L'autre est mon serviteur.
L'autre est mon serviteur.
Hem, hem, quand il y aura des accompagnements là-dessous, nous verrons encore, messieurs de la cabale, si je ne sais ce que je dis... (Il aperçoit le comte.) J'ai vu cet abbé-là quelque part. (Il se relève. )
LE COMTE, à part. Cet homme ne m'est pas inconnu.
FIGARO. Eh non, ce n'est pas unabbé ! Cet air altier et noble...
LE COMTE. Cette tournure grotesque...
FIGARO. Je ne me trompe point,: c'est le comte Almaviva.
LE COMTE. Je crois que c'est ce coquin de Figaro.
FIGARO. C'est lui-même, Monseigneur.
LE COMTE. Maraud ! si tu dis un mot...
FIGARO. Oui, je vous reconnais; voilà les bontés familières dont vous m'avez toujours honoré.
LE COMTE. Je ne te reconnaissais pas, moi. Tevoilà si gros et si gras...
FIGARO. Que voulez-vous, Monseigneur, c'est la misère.
LE COMTE. Pauvre petit ! Mais que fais-tu à Séville ? Je t'avais autrefois recommandé dans les bureaux pour un emploi.
FIGARO. Je l'ai obtenu, Monseigneur ; et ma reconnaissance...
LE COMTE. Appelle-moi Lindor. Ne vois-tu pas, à mon déguisement, que je veux être inconnu ?
FIGARO. Je me retire.
LE COMTE. Aucontraire. J'attends ici quelque chose, et deux hommes qui jasent sont moins suspects qu'un seul qui se promène. Ayons l'air de jaser. Eh bien, cet emploi ?
FIGARO. Le ministre, ayant égard à la recommandation de Votre Excellence, me fit nommer sur-le-champ garçon apothicaire.
LE COMTE. Dans les hôpitaux de l'armée ?
FIGARO. Non ; dans les haras d'Andalousie.
LE COMTE, riant. Beau début !...
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