Le deserteur

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Boris VIAN
Le déserteur

I. Originalité stylistique de la chanson
1) Le choix de l’épistolaire
2) La force d’une lettre ouverte
II. La révolte de Boris Vian
1) L’expression de l’insoumission
2) Un écrivain engagé
III. Une révolte poétique
1) Chanson et musique
2) Procédés poétiques
Conclusion

Extrait étudié

Monsieur lePrésident
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suisné
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routesde France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer

Boris VIAN

Introduction

Ecrivain français auxmultiples talents (musique, écriture, scénarii, traductions…), Boris Vian (1920-1959) est aussi rentré dans la postérité pour son œuvre engagée.
Le texte étudié ici est Le Déserteur, une chanson antimilitariste composée en 1954 sur une musique d’Harold Berg. D’abord en proie à la censure, la première version du texte ne trouve aucun éditeur. En effet, Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, estchoqué par la chanson et demande à ce qu’elle soit censurée. En guise de réponse, Boris Vian écrit une lettre qu'il diffuse partout : Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber. Mais la censure l’emporte, puisque l’interdiction de l’œuvre n’est levée qu’en 1962. Cela est sans doute dû au contexte de la guerre d’Indochine et à la réaction du Président René Coty. Boris Vian doit donc transformer sa premièreversion, qui était bien plus subversive encore, puisqu’il y écrivait « je tiendrai une arme, et (que) je sais tirer… »,ce qui impliquait une lutte armée avec les autorités.

I- Originalité stylistique de la chanson

1) Le choix de l’épistolaire

Certes, le texte du Déserteur est d’abord une chanson. Mais de nombreux indices indiquent qu’il s’agit d’une lettre, car la forme épistolaire estprésente sous de nombreuses formes :

– D’abord, la couleur est annoncée dès la deuxième ligne « je vous fais une lettre ». Vian a décidé d’écrire à quelqu’un, même si son message ne sera pas forcément lu, puisqu’il ajoute « que vous lirez peut-être ». Cette lettre est inscrite dans un cadre précis, celui de la guerre, avec une notion d’échéance à court terme, « avant mercredi soir ».
–De plus, les indices de l’énonciation se multiplient, ce qui est souvent caractéristique de la forme épistolaire. Expéditeur comme destinataires apparaissent à travers des termes tels que « je » et « vous », ce qui souligne le caractère d’échange, ou du moins de volonté d’échange.
– Mais au-delà de ces pronoms, Boris Vian apostrophe directement le destinataire avec « M. le Président » et ce,à plusieurs reprises. De son côté, en tant qu’expéditeur, il livre quelques détails sur son identité (tels que son histoire, sa famille), notamment son niveau social qui transparaît à travers la simplicité du vocabulaire : « je vous fais une lettre » ou de la syntaxe familière : « C’est pas pour vous fâcher ».

2) La force d’une lettre ouverte

Mais plus qu’une lettre particulière, cette...
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