Le fantastique chez maupassant

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  • Publié le : 20 mars 2010
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Place du fantastique

On peut accumuler les éléments qui font connaître le terrain névrotique sur lequel se construit toute l’œuvre de Maupassant : hérédité lourde du côté de sa mère, impression d’abandon produite par la séparation des parents, syphilis brochant là-dessus et parvenant au stade tertiaire, avec des traitements à la fois calmants et excitants, et l’usage de la drogue pour calmerla douleur. Maupassant est un cyclothymique passant par des alternances d’excitation et de dépression. Mais comment croire que le conteur fantastique soit chez lui un produit de la maladie ? Du conte pessimiste, du conte cruel, au conte fantastique, il n’y a pas loin, car le fantastique de Maupassant vient du cœur et des choses, il suinte de l’univers, il est la fine pointe de la réalité. Mais lelecteur français est tellement méfiant devant l’irrationnel qu’il voudrait à toute force le caser dans une catégorie spéciale, le rendre inoffensif : voyez, c’est un fou qui écrit des histoire de folie ; nous pouvons les lire sans être entamés par elles ! Pareille assertion ne résiste pas à l’examen. Dans la courte et si remplie carrière littéraire de Maupassant, les contes fantastiques sontprésents dès le début (“ Sur l’eau ” fait partie de La maison Tellier, “ Fou ? ” de Mademoiselle Fifi) et connaissent un maximum de fréquence en 1885-1886, le moment du Horla, pour diminuer en nombre ensuite, comme si Maupassant avait précisément reculé devant des récits qui mettraient en scène un destin dont il sentait qu’il serait le sien. Il n’a pas donné de place spéciale à ses contes fantastiques,qu’il a fait paraître dans des recueils où ils avoisinaient des récits dits “ réalistes ”. Et quand il les a écrits, il n’était pas “ fou ”. Il maîtrisait parfaitement son sujet et son écriture ; il prenait distance. Le moment où Maupassant sombre dans la folie, c’est précisément celui où il cesse d’intéresser la littérature : il hésite, il commence des romans, restés inachevés ; puis il n’écritplus rien, toute création artistique procédant d’un contrôle dont il est désormais incapable. Les contes fantastiques sont l’indice d’un tempérament sensible jusqu’à la souffrance ; mais pour expliquer leur talent, le talent, ce tempérament ne saurait servir de fil conducteur. Elevé dans les mêmes conditions, atteint du même mal, mort à l’asile trois ans avant Maupassant, son frère Hervé n’a jamaisrien écrit.

Récits fantastiques

Le temps de Maupassant est celui où, à la suite du choc de la défaite de la France en 1870, et de l’orientation de la philosophie et de la science, les écrivains et la société qui les lit passent par une crise de conscience collective. Négation ou usure des valeurs religieuses et morales, fin de l’anthropocentrisme, idée que nos sens sont imparfaits et nosconnaissances relatives, sont à l’origine d’un mal de vivre, d’un “ ennui fin de siècle ” plus forts que le “ mal du siècle ” des romantiques, car il englobe la nature et l’amour dans un sentiment de néant. Névroses, recours à la drogue, aux diverses expériences sexuelles, parfois refuge cherché dans des sectes religieuses, c’est le temps d’une société lasse et violente qui ressemble en bien despoints à la nôtre. Beaucoup d’écrivains sont alors des auteurs de récits fantastiques, d’ailleurs très réussis, qui témoignent d’une certaine culture de la névrose, d’une volonté d’établir un malaise chez le lecteur en faisant appel à des situations extrêmes : Jean Lorrain, avec ses histoires de drogue et de masques ; Remy de Gourmont, dans ses Histoires magiques (1895) où règnent le sexe et la mort ;Catulle Mendès avec ses Monstres parisiens (1882).

Les récits fantastiques de Maupassant, presque toujours, au contraire, sont vraisemblables : si l’on considère que Le Horla procède d’une croyance alors très répandue dans l’existence d’êtres d’une constitution différente de la nôtre et supérieure à elle, et qu’il utilise en somme une science-fiction, il n’est guère que le récit Qui sait ?...
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