Le pont mirabeau

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  • Publié le : 2 avril 2012
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Le Pont Mirabeau est d’abord publié dans une revue, dans Les soirées de Paris, n°1, février 1912, mais il l’est sous une autre forme : chaque strophe est formée de trois décasyllabes. La mise en forme qui fait l’objet de notre étude apparaît dans l’édition d’Alcools de 1913.
Dans un premier temps, nous essaierons de montrer que ce poème est une complainte pour un amour disparu, dans un deuxièmetemps nous montrerons qu’il s’agit aussi d’une méditation poétique sur la fuite du temps mais nous essaierons de montrer la dimension parfois ambiguë de ce texte.
1 – Une complainte sur l’amour disparu.
a) La musicalité du poème
Le Pont Mirabeau n'est pas une chanson, mais sa structure en est proche, avec un couplet et un refrain fait d’un distique, puisque nous avons les deux vers "Vienne lanuit sonne l'heure / Les jours s'en vont je demeure" qui se répètent à chaque fin de strophe. Par ailleurs, ce poème a été mis en musique par de nombreux chanteurs, au nombre desquels Léo Ferré ou Serge Reggiani.
Comme nous l’avons dit, chacune des strophes était initialement composée de trois décasyllabes qu'Apollinaire a volontairement découpés en quatre vers, en respectant la structuresuivante : décasyllabe, tétrasyllabe, hexasyllabe, décasyllabe. Par ailleurs, il a disposé les vers les plus courts en les « décalant » par rapport aux autres, créant ainsi un « mouvement » dans la page qui donnerait presque une impression d'écoulement, écoulement accentué par le fait qu'il n'y a pas de ponctuation qui ralentisse la lecture.
Cette fluidité s’avère de surcroît « musicale » dès lespremiers vers avec des allitérations en s et en l, cette dernière allitération « liquide » se retrouvant au vers 10, ou encore aux vers 15 et 16. Mais loin d’être « légère », cette fluidité est au service du souvenir d’un amour disparu. De même, on remarquera la présence dans chaque quatrain de trois rimes identiques et d’une rime orpheline, « l’isolement » de cette dernière pouvant renvoyer à lasolitude du poète.

b) Le souvenir de l’amour disparu

C’est dès vers 2 qu’apparaît le mot « amours », autrement dit au tout début du poème. On peut noter qu’il est employé au féminin pluriel, étant par là même précédé d‘un déterminant possessif à la première personne du pluriel qui unit un couple apparaissant ainsi indissociable. Pourtant, dès le vers suivant il est question du souvenir de cesamours, et dans le même temps de la pertinence de ce souvenir convoqué : « Faut-il qu’il m’en souvienne ». Notons qu’apparaît ici une première ambiguïté liée à la déponctuation : on ne sait pas à quoi se rattache ce vers 2, le poète se lamente-t-il du passage du temps ou au contraire d’avoir à se souvenir d’amours qu’il préfèrerait oublier ?
Le temps verbal du vers 3 plonge en tout cas le lecteurdans un temps passé, l’imparfait introduisant une coupure par rapport à ce présent dans lequel le poète «demeure » alors que « les jours s’en vont ». On peut d’ailleurs sentir qu’au-delà des jours, ce sont les « amours » qui s’en sont allées et ont disparu, laissant le poète seul, dans un temps à la fois statique et mouvant comme le fleuve, face à l’absence. Les derniers vers (« Ni temps passé, niles amours reviennent ») signent cette disparition irréparable, cet amour disparu comme « cette eau courante » (v.13)

La métaphore du fleuve comme temps qui passe se retrouve filée tout au long du poème dans lequel Seine, temps et amours fuient ensemble.

2) Méditation poétique sur la fuite du temps.

a)La fuite du temps et de l’amour.

Le champ lexical de l’écoulement et du passage seretrouve tout au long du poème, v. 6,12, 18, 24 « s’en vont », v.9 « passe », v.13 « s’en va », v.20 « passé », v.1 et 22 « coule ». Remarquons la répétition du même « Sous le pont Mirabeau coule la Seine » v.1 et 22 comme pour encadrer le poème, et montrer un temps qui forme une boucle.
Ainsi, ce temps a beau fuir, et avec lui « l’eau courante », il est paradoxalement immobile et statique,...
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