Le prince

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  • Publié le : 11 décembre 2010
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Le terme « politique » renvoie à de nombreuses questions : quelle est la meilleure forme de régime politique ? Quand est-ce qu'un régime politique peut prétendre être légitime, et par là même, exiger l'obéissance ? De tels problèmes suscitent donc la question de la morale en politique : la pratique du pouvoir peut-elle justifier le droit de ne pas se conformer aux exigences de la morale ?Plusieurs auteurs auront tenté d'élaborer une réponse à une telle problématique, parmi lesquels, Kant, ou Machiavel, auteur du XVIème siècle et contemporain des humanistes, mais qui s'inscrit contre la thèse des humanistes selon laquelle une bonne gestion de l'Etat va de pair avec une conduite vertueuse. Déterminer si en politique il faut se conduire comme le dicte la morale, c'est aussi se demander sila violence est inhérente à la pratique du pouvoir.

Penchons-nous tout d'abord sur la thèse tenue par Machiavel dans ce texte.
Machiavel, dans cet extrait, affirme que le Prince n'est nullement tenu d'accomplir ses promesses à l'égard du peuple, et plus généralement, qu'il ne devra pas se soucier de savoir s'il est bon, généreux, mais devra au contraire se soucier de savoir s'il paraîtposséder ces qualités, dissimulant ses agissements qui seraient impopulaires. Pour lui, la stabilité de l'Etat ne peut être assurée en ayant exclusivement recours aux lois, il est parfois nécessaire d'user de la violence pour arriver à ses fins en politique, selon que les événement y obligent ou non. Il propose donc une vision opportuniste plus que totalitaire de l'Etat.
On peut voir le texte en troisparties : la première partie va du début du texte à la ligne 6 (jusqu'à « vôtre »). Elle concerne le fait que le Prince n'a pas le devoir de tenir ses promesses dans la mesure où le peuple ne tient pas les siennes, de part sa nature méchante. La deuxième partie va de la ligne 6 à la ligne 8 (« dissimuler »). Machiavel y affirme qu'un bon Prince doit être capable de manipuler l'opinion pour asseoirsa réputation. Enfin, la troisième et dernière partie, qui s'étend de la ligne 8 à la fin de l'extrait, expose l'idée que le Prince ne peut et ne doit réunir un ensemble de qualités s'il veut assurer la stabilité de l'Etat, et qu'il pourra par conséquent (mais en dernier recours) user de méthodes violentes.
Dans la première partie, Machiavel affirme que le Prince n'est pas tenu de réaliser lespromesses qu'il avait faites au peuple, et justifie cette idée : pour lui, c'est parce que les hommes « sont méchants » qu'il n'est pas toujours nécessaire de tenir ses promesses. Comme il l'affirme dans le 3ème chapitre du 1er livre du Discours sur la 1ère décade de Tite-Live, les hommes ne sont bons que lorsque l'on les y force, « qu['ils] ne font le bien que forcément ». En ce sens, Machiavelrejoint la thèse de Hobbes selon laquelle « l'homme est un loup pour l'homme », ce qui fait état de la nature méchante de l'homme. Puisque les hommes « ne (...) tien[nent] point leur parole », il n'est pas utile pour le Prince de tenir la sienne. D'ailleurs, Machiavel reprend cette idée dans le chapitre XVII du Prince, lorsqu'il affirme que « le Prince qui s'est fondé seulement sur leurs paroles(celles des hommes), se trouve nu d'autres préparatifs, il est perdu. » Machiavel se base ainsi sur une anthropologie pessimiste pour justifier que le Prince n'adopte pas une conduite vertueuse. Le Prince n'est cependant pas à proprement parler immoral, mais au-dessus de la morale ordinaire du citoyen, puisque son devoir n'est pas d'observer une conduite digne d'un homme de bien, mais d'assurer lastabilité de l'Etat, ce qui le place au-dessus de la morale ordinaire.
Il est question dans la deuxième partie de paraître, autrement dit, de cacher au vulgaire les agissements qui seraient mal appréciés, en veillant à ne laisser ressortir que les actions ayant l'approbation du peuple, car la foule, peu éclairée, ne juge que par les apparences, et du fait de sa crédulité, il est aisé de la...
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