Le rouge et le noir de stendhal

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  • Publié le : 15 octobre 2010
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Explication de texte

Stendhal , Le Rouge et le noir (1830) (excipit)

Texte :

« Julien avait exigé de Mme de Rênal le serment qu’elle vivrait pour donner des soins au fils de Mathilde.
- Qui sait ? peut-être avons-nous encore des sensations après notre mort, disait-il un jour à Fouqué. J’aimerais assez à reposer, puisque reposer est le mot, dans cette petite grotte de la montagne quidomine Verrières. Plusieurs fois, je te l’ai conté, retiré la nuit dans cette grotte, et ma vue plongeant au loin sur les plus riches provinces de France, l’ambition a enflammé mon cœur : alors c’était ma passion… Enfin, cette grotte m’est chère et l’on ne peut disconvenir qu’elle ne soit située d’une façon à faire envie l’âme d’un philosophe…Eh bien ! ces bons congréganistes de Besançon fontargent de tout ; si tu sais t’y prendre, ils te vendront ma dépouille mortelle.. ;

Fouqué réussit dans cette triste négociation. Il passait la nuit seul dans sa chambre, auprès du corps de son ami, lorsqu’à sa grande surprise, il vit entrer Mathilde. Peu d’heures auparavant, il l’avait laissée à dix lieues de
Besançon. Elle avait le regard et les yeux égarés.

- Je veux le voir, luidit-elle.

Fouqué n’eut pas le courage de parler ni de se lever. Il lui montra du doigt un grand manteau bleu sur le plancher ; là était enveloppé ce qui restait de Julien.

Elle se jeta à genoux. Le souvenir de Boniface de La Mole et de Marguerite de Navarre lui donna sans doute
un courage surhumain. Ses mains tremblantes ouvrirent le manteau. Fouqué détourna les yeux.

Il entenditMathilde marcher avec précipitation sans la chambre. Elle allumait plusieurs bougies. Lorsque Fouqué eut la force de la regarder, elle avait placé sur une petite table de marbre, devant elle, la tête de Julien, et la baisait au front…

Mathilde suivit son amant jusqu’au tombeau qu’il s’était choisi. Un grand nombre de prêtres escortés la bière et, à l’insu de tous, seule dans sa voiture drapée, elleporta sur ses genoux la tête de l’homme qu’elle avait tant aimé ;

Arrivés vers le point le plus élevé d’une des hautes montagnes du Jura, au milieu de la nuit, dans cette petite grotte magnifiquement illuminée d’un nombre infini de cierges, vingt prêtres célébrèrent le service des morts. Tous les habitants des petits villages de montagne, traversés par le convoi, l’avaient suivi, attirés parla singularité de cette étrange cérémonie.

Mathilde parut au milieu d’eux en longs vêtements de deuil, et, à la fin du service, leur fit jeter plusieurs milliers de pièces de cinq francs.

Restée seule avec Fouqué, elle voulut ensevelir de ses propres mains la tête de son amant. Fouqué faillit en devenir fou de douleur.

Par les soins de Mathilde, cette grotte sauvage fut ornée demarbre sculptés à grands frais en Italie.
Mme de Rênal fut fidèle à sa promesse. Elle ne chercha en aucune manière à attenter à sa vie ; mais trois jours après Julien, elle mourut en embrassant ses enfants. »

Explication d’après N.Billot, professeur

Sous titré « Chronique de 1830 », Le Rouge et le noir raconte l’ascension sociale de Julien Sorel, archétype de l’ambitieux , jeune hommepauvre gravissant les échelons sous la monarchie conservatrice et ultra de la Restauration. Le roman est traversé par deux figures féminines essentielles sur qui s’appuie Julien pour parvenir, Mme de Rênal et Mathilde de La Mole, la petite aristocrate de province auprès de qui Julien teste des sentiments amoureux calculés, et la grande aristocrate parisienne, fantasque et libre. En cette fin deroman, Julien vit ses derniers instants avant d’être exécuté pour avoir tiré sur Mme de Rênal qui avait cherché à contrecarrer ses plans parisiens. Le temps d’emprisonnement fut bénéfique pour lui faire prendre conscience de ceux sentiments, une révolte sociale profonde qu’il retranscrit dans son long discours aux jurés, et l’amour réel pour Mme de Rênal. Dans la dernière page, les deux maîtresse...
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