Le statuaire et la statue de jupiter

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  • Publié le : 26 juin 2010
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Le Statuaire et la Statue de Jupiter

ÉTUDE ANALYTIQUE

Introduction

Comme le conte philosophique, la fable est un apologue. En effet, c’est un récit distrayant qui contient une morale, parfois implicite. Dans ses fables, le narrateur a le regard scientifique surplombant d’un zoologue ; cela donne l’impression qu’il domine, qu’ilmaîtrise les défauts humains et qu’il s’en amuse. Il nous donne également l’impression que les comportements humains appartiennent à des lois naturelles, ce qui les rend d’autant plus dérisoires. Le pouvoir des fables tient dans cet habile mélange de récit et de morale, rappelant les vers initiaux de la fable 1 du Livre VI, Le Pâtre et le Lion :
Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être. […]Une morale nue apporte de l’ennui ;
Le conte fait passer le précepte avec lui.
Poèmes, récits chargés d’une dimension morale et saynètes tout à la fois, les Fables de La Fontaine n’ont cessé de susciter l’admiration et de servir de modèle depuis plus de trois siècles.
La fable 6 du livre IX, Le Statuaire et la Statue de Jupiter, fait partie du second recueil, davantage orienté vers une réflexionplus sérieuse et sentencieuse que le premier. C’est un exemple d’appropriation de sources diverses. La première strophe serait inspirée d’Horace (Satires), l’avant dernière d’Ovide (Métamorphoses). L’influence de Lucrèce, qui impute à l’imagination des hommes la création des dieux, est en outre manifeste (De Natura Rerum).
Contrairement à de nombreuses autres fables qui ont recours au bestiaire,le fabuliste trouve ici son modèle chez l’homme et plus spécialement l’artiste. Le récit présente un sculpteur si heureux de la vérité de son œuvre qu’il tombe en admiration devant elle avant d’être effrayé par la toute puissance dont il l’a dotée. La Fontaine se livre là à une réflexion sur l’ascendant que l’œuvre, en tant qu’illusion, exerce sur son créateur. À l’instar de l’homme qui s’estinventé des dieux et s’est soumis à leurs représentations, il en profite pour se demander si le poète est libre face à son acte de création.

I- Une fable sous influence mythologique

Cette fable est construite en neuf quatrains d’octosyllabes et apparaît bien structurée :
- les strophes 1 à 4 permettent à La Fontaine de détailler l’exemplum- la strophe 5, strophe centrale, assure la transition avec les réelles intentions du fabuliste
- les strophes 6 à 9 délivrent le commentaire et la morale.

a- Le modèle de la mythologie grecque

La Fontaine a choisi son modèle dans la mythologie grecque, pour souligner la permanence de son propos, maissurtout dans ce qu’elle a de plus païenne. En effet, il lui faut :

s’éloigner de toute possibilité de critique : L’erreur païenne (vers 27),
allusion au polythéisme des Anciens.

renforcer la sensation d’une antiquité ancienne, perdue dans la nuit des
temps. À cette fin, les impersonnels on trouva (vers 11), on dit (vers 13) et on le vit (vers 15) traduisent la masse uniforme et grégaire decette humanité.

Il se réfère alors au poète inventeur des Dieux (Des Dieux dont il fut l’inventeur, vers 19), c’est-à-dire à Homère, le plus ancien poète grec connu, auteur de la Théogonie, généalogie des dieux, et donc leur inventeur littéraire. Ainsi, plusieurs références renvoient à cette époque et à l’homme en général :

- les nomspropres : Jupiter (vers 12), Pygmalion (vers 31) et Vénus (vers 32)

- le vocabulaire technique utilisé : marbre (vers 1), Statuaire (vers 2) qui est un mot copié sur le latin et peu en usage au XVIIe siècle, Idole (vers 10)

- les majuscules des noms de métiers : Statuaire (vers 2), Artisan...
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