Les liaisons dangereuses

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  • Publié le : 15 juin 2010
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Les Liaisons Dangereuses

Lorsque le roman épistolaire de Choderlos de Laclos, écrivain et officier militaire francais du 18ème paraît en 1782, le scandale éclate. Mais derrière les effluves libertins de l'intrigue se cache un plaidoyer pour l'égalité des sexes. Se posant en précurseur du féminisme, Laclos donne le pouvoir aux femmes.

Dans ses 'Liaisons dangereuses', exaltant les plaisirsdu libertinage au détriment de la vertueuse morale pudibonde, Choderlos de Laclos satirise l'aristocratie du XVIIIe siècle. Dans un duo malsain et risqué, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont se jouent de leurs prochains. Séduire et bafouer l'honneur de leurs proies, tel est leur leitmotiv quotidien."Ah ! qu'elle se rende, mais qu'elle combatte ; que, sans avoir la force de vaincre,elle ait celle de résister ; qu'elle savoure à loisir le sentiment de sa faiblesse, et soit contrainte d'avouer sa défaite", clame le vicomte, à travers la récurrence d'un vocabulaire guerrier, au sujet de la chaste madame de Tourvel. Mais derrière ces sinistres plans se dessine en fait un duel sans merci entre les deux protagonistes. Entre désir et vanité, le vicomte et la marquise se livrentbataille dans leurs échanges épistolaires. Victoires, défaites et combats, les corps à corps se multiplient et la mort rôde. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Contrairement à ce que pourrait conclure une trop rapide lecture de l'ouvrage, les femmes mènent la danse dans cette ronde macabre. Bien sûr, certaines sont victimes, mais Laclos tourne ce statut à leur avantage. Car les belles éplorées provoquentainsi inclinaison et passion chez leurs bourreaux. Femmes de tête, de coeur ou innocentes demoiselles, le pouvoir de ces dames s'insinue à travers les lignes de ces lettres et gouverne désormais la destinée d'un monde trop masculin. Guerre des sexesAborder le féminisme à proprement parler des 'Liaisons dangereuses' serait anachronique puisque le terme n'apparaît qu'en 1837. (1) Néanmoins, il estévident que Choderlos de Laclos, largement influencé par Jean-Jacques Rousseau et son "contrat social", y dénonce l'injustice d'une inégalité hommes/femmes. Déjà fortement inspiré par 'La Nouvelle Héloïse', dont les références à l'intérieur du texte ne manquent pas, Laclos s'empare également de la pensée politique de Jean-Jacques Rousseau. En réponse à l'académie de Châlons-sur-Marne, un an après laparution de son roman, l'auteur affirme qu'il n'existe "aucun moyen de perfectionner l'éducation des femmes". Une manière provocante de dénoncer le statut du "sexe faible" dans la société de l'époque.Son essai, 'Des femmes et de leur éducation', reprend les principes fondamentaux de son maître : il existe selon lui une "femme naturelle" - jouissant "de la liberté, la force, la santé, la beauté etl'amour", c'est-à-dire identique à l'homme -, opposée à une "femme sociale", enfermée dans une éducation rigoriste et réductrice (2), reflétée notamment par le couvent. L'inégalité entre les sexes, présente à tous les niveaux de la société, doit donc être révolue. Partant de cette injustice, Laclos, dans ses 'Liaisons dangereuses', exalte les attributs féminins de la séduction, armes massives etdangereuses. Dès lors, la sage madame de Rosemonde y décèle une victoire de la femme : "Plaire, n'est pour lui qu'un moyen de succès ; tandis que pour elle, c'est le succès lui-même." (3) Et pour conserver cet avantage et sauver leur honneur en toutes circonstances, les femmes ont plusieurs cordes à leur arc.Plaisir des chairs et de l'espritAinsi madame la marquise dévoile tous ses secrets dans lalettre 81. Elle y décrit sa ligne principale de conduite : privilégier le paraître aux dépens de l'être, seule façon de sauver ses apparences et sa réputation. Aussi se vante-t-elle d'être une parfaite autodidacte. Jeune mariée, puis jeune veuve, elle se nourrit de ses observations et sous couvert d'une irréprochable vertu, se joue des hommes et de leur concupiscence. Loin d'être l'oie blanche...
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