Les vies minuscules

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  • Publié le : 2 juin 2011
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Dans mes souvenirs de petite enfance, je suis souvent malade. Ma mère me prenait auprès d'elle dans sa chambre ; on me veillait dévotement ; d'irréels cris d'enfants montaient de lacours de récréation, tournoyaient et disparaissaient dans les vols d'hirondelles ; on jetait des bûches dans la cheminée, tout pétillait ; ou alors tout s'éteignait et dans le dernierrougeaoiment apparaissaient des fantômes d'abord théâtraux et discernables avec lesquels on pouvait jouer, puis si épais qu'on hésitait à les nommer, jusqu'à ce qu'ils fussent anonymeset uns comme le noir d'Elise courbée qui la manigançait en soufflant sur la cendre, puis me souriait doucement dans la clarté venue. J'espère que je lui ai souri, moi aussi. Elle melaissait laissait ; alors je découvrait tout ; je découvrais l'espace par la fenêtre, le poids du ciel au loin sur la route vers Ceyroux, le grand ciel pesant pareillement sur Ceyrouxque je ne voyais pas, et qui pourtant à cette heure maintenant opiniâtrement son vouloir infime de toits et de vivants derrière l'horizon ténébreux des forêts. Je convoquais des lieuxinvisibles et nommés. Je découvrais les livres, où l'on peut s'ensevelir aussi bien que sous les jupes triomphales du ciel. J'apprenais que le ciel et les livres font mal et séduisent.Loin des jeux serviles, je découvrais qu'on peut ne pas mimer le monde, n'y intervenir point, du coin de l'oeil le regarder se faire et défaire, et dans une douleur réversible enplaisir, s'extasier de ne participer pas : à l'intersection de l'espace et des livres, naissait un corps immobile qui était encore moi et tremblait sans fin dans l'impossible voeu d'ajusterce qu'on lit au vertige du visible. Les choses du passé sont vertigineuses comme l'espace, et leur trace dans le mémoire est déficiente comme les mots : je découvrais qu'on se souvient.
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