Montaigne des cannibales

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MONTAIGNE, ESSAIS, DES CANNIBALES, I, 31 (30), Début. 

« Quand le Roy Pyrrhus passa en Italie … elle ne merite pas d'estre nommée isle, pour cela. »

Editions : ~ Villey (P.U.F.), p. 202-203. ~ J. Céard et alii, Livre de poche, « La Pochothèque », 2001, p. 313-314 ~ Gallimard « La Pléiade » J. Balsamo, M. Magnien et Catherine Magnien -Simonin, 2007, p. 208 sqq. ~ Texte en ligne :http://www.bribes.org/trismegiste/es1ch30.htm

• TEXTE À EXPLIQUER :

[A] Quand le Roy Pyrrhus passa en Italie, apres qu'il eut recongneu l'ordonnance de l'armée que les Romains luy envoyoient au devant  : Je ne sçay, dit-il, quels barbares sont ceux-cy (car les Grecs appelloyent ainsi toutes les nations estrangeres) mais la disposition de cette armée que je voy, n'est aucunement barbare. Autanten dirent les Grecs de celle que Flaminius fit passer en leur païs, [C] et Philippus voyant d'un tertre, l'ordre et distribution du camp Romain, en son Royaume, sous Publius Sulpicius Galba. [A] Voylà comment il se faut garder de s'attacher aux opinions vulgaires, et les faut juger par la voye de la raison, non par la voix commune.

J'ay eu long temps avec moy un homme qui avoit demeurédix ou douze ans en cet autre monde qui a esté descouvert en nostre siecle, en l'endroit ou Vilegaignon print terre, qu'il surnomma la France Antartique. Cette descouverte d'un païs infini, semble estre de consideration. Je ne sçay si je me puis respondre que il ne s'en face à l'advenir quelqu'autre, tant de personnages plus grands que nous ayans esté trompez en cette-cy. J'ay peur que nous ayonsles yeux plus grands que le ventre, et plus de curiosité, que nous n'avons de capacité. Nous embrassons tout, mais nous n'estreignons que du vent. Platon introduit Solon racontant avoir appris des Prestres de la ville de Saïs en Ægypte, que, jadis et avant le deluge, il y avoit une grande Isle nommée Athlantide, droict à la bouche du destroit de Gibaltar, qui tenoit plus de païs que l'Afrique etl'Asie toutes deux ensemble, et que les Roys de cette contrée là, qui ne possedoient pas seulement cette isle, mais s'estoyent estendus dans la terre ferme si avant, qu'ils tenoyent de la largeur d'Afrique, jusques en Ægypte, et de la longueur de l'Europe jusques en la Toscane, entreprindrent d'enjamber jusques sur l'Asie, et subjuguer toutes les nations qui bordent la mer Mediterranée, jusques augolfe de la mer Majour : et, pour cet effect, traverserent les Espaignes, la Gaule, l'Italie jusques en la Grece, où les Atheniens les soustindrent : mais que quelque temps apres, et les Atheniens, et eux, et leur Isle furent engloutis par le deluge. Il est bien vray-semblable, que cet extreme ravage d'eaux ait faict des changemens estranges aux habitations de la terre, comme on tient que la mer aretranché la Sycile d'avec l'Italie,

[B] Hæc loca vi quondam, et vasta convulsa ruina,


Dissiluisse ferunt, cùm protinus utraque tellus


Una foret.

[On dit que ces terres, jadis violemment ébranlées en un gigantesque

écroulement, ont été séparées alors qu’elles ne formaient

qu’unseul continent auparavant. Virgile, En. III, 414 et 416-418]

[A] Chipre d'avec la Surie, l'Isle de Negrepont de la terre ferme de la Boeoce ; et joint ailleurs les terres qui estoient divisées, comblant de limon et de sable les fosses d'entre-deux,

sterilisque diu palus aptaque remis


Vicinas urbe alit, et grave sentit aratrum.[En un marais longtemps stérile et fait pour les rames

nourrit les villes voisines et porte le poids de la charrue.

Horace, Art poétique, 65-66]

Mais il n'y a pas grande apparence, que cette Isle soit ce monde nouveau que nous venons de descouvrir : car elle touchoit quasi l'Espaigne, et ce seroit un effect incroyable...
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