Moral et politique

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  • Publié le : 1 avril 2010
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La morale et la politique ne sont pas seulement des mots riches de contenus et d’histoire, désignant dans la tradition philosophique des textes, des doctrines, des problèmes. Ils indiquent avant tout différents champs de l’expérience humaine dans le territoire plus vaste de l’agir.
Celui-ci est traversé de contraintes, de tensions, de préoccupations individuelles et collectives, aussi variéesque divergentes.
A la rencontre de la morale et de la politique une problématique spécifique parait toutefois s’imposer : comment doit-on définir la politique, en son rapport à la vertu individuelle ? Plus encore peut-être : qu’est-ce-qui permet de dire d’un pouvoir politique qu’il est légitime ? Double difficulté, on le voit, la première ayant trait à la définition de la singularité politique,la seconde à la légitimation de celle-ci.
Il s’agira d’abord de réfléchir à la relation de la morale individuelle avec le pouvoir des hommes. Il apparaitra alors que ce pouvoir ne peut ni ne doit attendre des hommes une parfaite moralité, ni a fortiori prétendre la leur inculquer. Il doit avant tout assurer la vie et la sécurité des citoyens, disposer à cet effet d’une force perçue par touscomme légitime, et donc être fondé en droit.
I- De la morale au politique :

Morale et politique sont généralement considérées comme des notions liées, soit que l’on considère que tout pouvoir politique doit être justifié moralement, soit que l’on pense la politique comme extension du devoir individuel aux dimensions de la collectivité (A).
En réalité, du point de vue de leur définition, ellesreposent sur des principes fort différents (B). La distinction n’est apparue dans l’histoire de la philosophie que progressivement.
A- Morale et Politque : deux notions liées :
Platon insiste ainsi bien plus sur la proximité des deux éléments, en définissant l’homme politique comme médecin de l’âme, dont la fonction est d’assurer le bonheur de la Cite par la justice, et non la justice pourelle-même.
Cette thèse est celle de Socrate dans le Gorgias : dans la deuxième partie du dialogue qui « met en scène », « commettre », et « expier son crime » qui resta impuni.
L’injustice est ici condamnée en ce qu’elle conduit au malheur de l’individu, la politique étant alors définie par la négative comme l’instance devant, par la guérison des individus, permettre le bonheur de tous.
Dans lasuite immédiate du texte, Calliclès, le troisième interlocuteur de Socrate, rejette la position ici évoquée en affirmant à la véritable nature de l’homme, seule source de droit. Autrement dit : la légalité n’est pas la moralité, et le bonheur n’est pas la justice. C’est entre Socrate et Calliclès que le philosophe politique va tenter de déterminer le propre du politique. Celui-ci, contrairement àl’optimisme socratique, n’aura nullement comme objet l’amélioration de l’individu, puisque une communauté doit pouvoir être juste sans attendre la vertu des citoyens. Mais il ne sera pas non plus l’expression sans bornes d’une nature supposée être à l’origine de la vraie justice : au contraire, l’institution du politique se présentera contre les conséquences néfastes d’une nature laissée à elle-même,comme ce qui préservera les chances de survie des individus.
La proximité maintenue entre politique et morale que la philosophie politique moderne s’attache à contester est d’ailleurs un des traits fondamentaux de la pensée antique. On la retrouve chez Platon, en plus du Gorgias, dans la position d’une organisation similaire des parties de l’âme et des classes de la Cité. La République s’appuiesur cet isomorphisme pour justifier sa méthode d’approche, qui consiste à lire dans le groupe social la justice qui, dans l’individu, est écrite en « petites lettres ». La théorie politique d’Aristote est encore plus claire, à cet égard. L’Ethique à Nicomaque affirme en effet « qu’il y a identité entre le bien de l’individu et celui de la Cite », le bien individuel étant soumis au bien...
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