Nature et culture

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  • Publié le : 11 novembre 2010
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Nature et Culture

Polysémie du mot "culture"

1 - "culture" s’entend au sens ordinaire de "savoir théorique maîtrisé" qui s’oppose à l’ignorance.
L’homme cultivé parvient, par la raison, à résister à ses impulsions spontanées, par ses connaissances, à élaborer des outils et des techniques grâce auxquels il maîtrise son milieu et l'exploite à son profit. L’ignorant incapable de lire et decommuniquer avec un langage précis, rigoureux, abstrait, méconnaît les opinions différentes des siennes. Aussi, dénué d'esprit critique, donc prisonnier d'une pensée magique primitive, il se contente le plus souvent de réagir spontanément aux circonstances du milieu, qu'il ne sait ni exploiter ni réguler. Les phénomènes naturels les plus banals (intempéries, faune et flore...) lui paraissentextraordinaires, merveilleux ou terribles : aussi prête-t-il à son environnement des propriétés fabuleuses. L’ignorant est dominé par l'émotion.

Dans une telle perspective, que l'individu cultivé soit "meilleur" que l'ignorant primitif. La preuve : le premier, par les armes et la stratégie, produits de son ingéniosité, se rend vite maître du second. Si l'instruction s'avère évidemment meilleure, alorsinstruire apparaît comme une mission prioritaire. La nature, stade brut, originaire, animal de l’humain, doit être dépassée par la transmission des savoirs au plus grand nombre

Dans la vision classique, le savoir et l'instruction surplombent nos aptitudes naturelles, qu'ils dissimulent et font taire. Au socle de nos aptitudes innées, il suffit d'adjoindre un "étage" supplémentaired'instruction qui peut censurer nos penchants naturels, mais ne les modifie pas.

Au contraire, chez Kant, notre nature présente une sauvagerie totale qui nous tiendrait rebelles à toute instruction si nous ne nous mettions d'abord en peine, par la discipline, de modifier et d'altérer nos réflexes, notre impulsivité. Disons le mot : il faut le dénaturer. A ce stade, toute forme d'éducation prête le flanc àune critique facile : violence écrasante qui meurtrit notre part la plus authentique et la plus spontanée, l'éducation, en faisant des élèves des "animaux dénaturés", les conduit forcément à une hypocrisie regrettable, et surtout à une guerre intestine qui fait leur malheur. Comme le proclame le choeur des adolescents révoltés dans l'esprit de Pink Floyd : "We don't need no education / We don'tneed no thought control / No dark sarcasm in the classromm / Teachers leave the kids alone !" (dans le film d'Alan Parker Pink Floyd The Wall, sur un scénario de Roger Waters Alan Parker. D'ailleurs, laborieuse, maladroite, tâtonnante, l’éducation est l'œuvre "humaine, trop humaine" (selon la terrible expression de Nietzsche) d'une génération sur une autre

Sans aller jusqu'à rejeter touteéducation, ne faudrait-il pas, dans la droite ligne du programme de Montaigne, examiner minutieusement l'âme "brute" de l'élève pour contempler ses talents et ses vices, afin, ensuite, de les épanouir et, le cas échéant, de les corriger, en gardant toujours à l'esprit que ces interventions doivent être aussi légères que possible ? Après tout, n'a-t-on pas quelque raison de penser que les artifices humainsfont, d'une manière générale, "moins bien" que la nature ?

Le stade naturel, perçu comme concurrent du stade culturel, pose cependant un problème épineux. Puisque l’éducation n’est pas seulement une "adjonction" à notre nature mais aussi une modification de cette nature, il suit qu’on ne peut pas retrouver la nature humaine par un simple "dépouillement", par une simple "soustraction" des faitssociaux et culturels.

Dès lors, débrouiller la nature de la culture, tenter de saisir l'humain naturel, paraît une entreprise délicate. Toute tentative de "connaître" cet humain naturel relève d'une tentative culturelle : il existe manifestement une contradiction dans les termes

2 – "culture" au sens sociologique, caractéristique d’un peuple. Le mot "culture" prend ici son extension...
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