Paul ricoeur

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  • Publié le : 7 juin 2011
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Paul RICOEUR, Temps et Récit, Editions du Seuil, 1983
Il s’agit d’un ensemble de trois volumes :
L’intrigue et le récit historique (Volume 1) ; La configuration dans le récit
de fiction (Volume II) ; et Le temps raconté (Volume III).
Le temps est le thème philosophique majeur qui traverse Temps et récit. Pour l’historien François Dosse, la trilogie Temps et Récit fut pour Ricoeur l’occasionde penser l’articulation du clivage entre un temps qui doit apparaître et un temps conçu comme condition des phénomènes.  Mais Temps et Récit est selon lui une oeuvre portant sur l’histoire.
Un autre grand lecteur de Ricoeur, Olivier Mongin, a un point de vue qui sert un peu plus notre propos. Montrant que Temps et Récit a pour objectif de construire une médiation entre le temps et le récit par lamédiation de la mise en intrigue,  il met en évidence l’importance du temps, du récit et de l’action dans cette vaste enquête philosophique (Paul Ricoeur, Seuil, 1994, p. 145). Ces deux points de vue ne sont pas pour autant opposables. Car c’est l’action humaine que le récit imite, c’est une histoire que le récit raconte. Entre temps et récit, s’insèrent nécessairement l’action humaine etl’histoire.
Avant la rédaction de ces textes, Ricœur a dispensé des cours d’histoire de la philosophie sur le temps à la Sorbonne, à Nanterre et à Chicago. Il a par la suite écrit des articles (par exemple Narrativité, 1980) sur l’expérience humaine du temps et sa fonction narrative. Il affirme dans son autobiographie intellectuelle que Temps et récit lui a permis de porter à un plus haut niveau deréflexion l’intuition contenue dans ce qu’il appelle « ses galops d’essai » sur le temps et la narrativité (Réflexion faite, Esprit, 1995, p. 63). A juste titre, dans Temps et Récit, Paul Ricœur tient l’hypothèse fondamentale selon laquelle le récit n’achève sa course que dans l’expérience du lecteur dont il « refigure » l’expérience temporelle.
Parmi les raisons qui sous-tendent cet intérêt pour laquestion du temps par la porte du récit, il y a les productions antérieures de Ricœur sur l’historiographie et le sens de l’histoire dans lesquelles la structure narrative de l’histoire et ses implications pour une philosophie du temps n’étaient pas encore prises en compte. Il y a surtout « les traits remarquables du récit en tant que structure langagière distincte ». La rencontre avec uneépistémologie narrativiste (relation entre connaissance historique et structures narratives) à Chicago et avec l’exégèse biblique aurait facilité cette entrée dans la question du temps par le récit.
Ainsi pour Ricœur, il y avait un rapport de conditionnement mutuel entre narrativité et temporalité. Il réalise que « la notion de temps reste un nœud de difficultés et d’apories apparemment sans issue ». Malgrécet horizon de recherche conditionné, un examen minutieux des grandes analyses du temps chez Augustin, Husserl et Heidegger ont ponctué la troisième partie de Temps et Récit. Ricœur essaye de rendre compte de l’enchevêtrement du passé, du futur et du présent respectivement comme milieu du souvenir et de l’histoire, milieu de l’attente, de la crainte et de l’espoir, moment d’attention etd’initiative. En se mesurant sur l’ogre aristotélicien, Augustin a attiré l’attention sur le caractère aporétique du temps.
L’IMPOSSIBLE REFUTATION DE LA THESE COSMOLOGIQUE D’ARISTOTE
Pour Augustin, le temps comme distension de l’âme (distentio animi) est la possibilité de la mesure du temps. Les divisions du temps en jours, en années sont des propriétés du temps présent. Le principe de l’extension de lamesure du temps ressortit à la seule distension de l’esprit. Ainsi, la mesure est une propriété authentique du temps. On pourrait appeler cette approche intime du temps le « temps intérieur ».
En effet, Saint Augustin ne veut pas identifier le temps aux mouvements circulaires des astres. « J’ai entendu dire à un docte (allusion faite à Aristote) que le temps, c’est proprement le mouvement...
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