Peut-on juger objectivement la valeur d'une culture ?

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  • Publié le : 12 mars 2010
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Sujet : Peut-on juger objectivement la valeur d'une culture ?

Le sujet pose d'emblée deux présupposés. Primo, un jugement peut être objectif. Il y aurait, sans doute, un examen long et précis à mener sur la question de savoir ce que peut bien être un "jugement objectif", mais là n'était pas le problème de ce libellé. Secundo, les cultures, au sens de l'ensemble des pratiques d'un groupe humaindonné, possèdent une valeur, c'est-à-dire qu'on peut leur affecter une connotation qualitative portant sur (par exemple) la moralité, la hauteur de vues, la profondeur, l'importance. Ce second présupposé s'avère tout aussi lourd que le premier, et mériterait sans doute une remise en question ; mais encore une fois, le problème n'était pas là. En tout état de cause, le libellé pouvait inciterassez fortement à produire un "plan-miroir" du type : I. Un jugement peut-il être objectif ? II. Une culture peut-elle avoir une valeur ? III. Peut-on juger objectivement la valeur d'une culture ? Seul le III d'une telle dissertation répond à la question : les deux premières parties sont hors sujet.

Ces précautions prises, on saisit mieux le sens de la question. Supposé qu'on puisse assigner unevaleur aux différentes cultures, le jugement particulier de cette valeur peut-il, précisément, dépasser le "jugement de valeur" sujectif ? Peut-il atteindre l'objectivité et, si oui, selon quels critères ?

L'approche que je propose ci-après aux candidats leur paraîtra peut-être très différente de ce qu'ils ont écrit ; et pourtant, il me semble beaucoup plus facile d'argumenter d'abordaffirmativement plutôt que de céder au politiquement correct dès l'abord.

Non seulement on peut juger objectivement de la valeur d'une culture, mais encore nous y procédons très fréquemment. Lorsque nous estimons la culture grecque "importante", "féconde", "fondatrice", nous effectuons un tel jugement, et celui-ci s'appuie sur des raisons objectives, au double sens du mot : les objets hérités des Grecs(monuments, statues, oeuvres littéraires et philosophiques, analyses mathématiques et physique etc.) constituent des preuves de l'importance de cette culture. On peut même être plus précis et montrer que certaines cultures prolongent la vie des individus, leur donnent plus de bonheur, produisent des oeuvres scientifiques ou littéraires d'une plus grande portée. A vrai dire, il n'y a rien àrechercher de plus : si les productions objectives de cette culture ont été préservées des ravages du temps, des guerres et des cataclysmes, c'est bien parce que, depuis lors, une majorité d'individus s'accorda à les préserver - ou du moins à ne pas les endommager. L'itinéraire incroyable des traités d'Aristote (perdus pour l'Occident avec la chute de Rome, mais préservés et traduits par les Arabes,commentés - notamment par Averroès - puis réintroduits en Europe par la route de l'Emirat de Grenade) prouve que de très nombreux individus, de cultures différentes, estimèrent, sans se consulter les uns les autres, que ces textes en particulier (et la culture grecque en général) possédaient une très grande valeur. Comment mieux dire qu'un tel jugement est "objectif" ? Inversement, des foules decultures de moindre valeur ont sans doute existé, qui ne subsistent plus - et précisément parce qu'elles ne subsistent plus, parce que nous ne pouvons pas les connaître, nous pouvons aussi les juger d'une importance ou d'une perfection moindre que la culture grecque. Jared Diamond montre, dans Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, que la culture de Rapa Nuiconduisait les indigènes de l'Île de Pâques à épuiser toutes leurs ressources en vue de sculpter les célèbres statues : le cercle vicieux de cette culture - et son échec dramatique - prouve son imperfection.

Le problème évident de cette position tient au fait qu'elle couronne a posteriori les cultures des vainqueurs. "L'Histoire jugera", prétend-on, mais ce jugement présente une cruauté...
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