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  • Publié le : 10 mars 2010
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Quel enseignement peut-on recevoir de l'expérience ?

Plan

I. On reçoit tout enseignement de l'expérience.
1. L'expérience comme pratique : l'expérience enseigne le savoir-faire.
2. L'expérience comme rencontre du :" réel ».
3. L'expérience, par opposition au discours, est la seule source d'un enseignement véritable.
II. L'enseignement n'est pas « reçu » del'expérience, mais tiré d'elle.
1. Il n'y a d'enseignement de l'expérience que par une activité de l'esprit.
2. Premier aspect de cette activité : le langage.
3. Second aspect : la construction de l'expérience scientifique.
III. Le paradoxe de l'expérience : l'esprit s'instruit auprès d'une expérience qu'il construit lui-même.
1. L'esprit n'est pas produit par l'expérience : critique deCondillac.
2. L'esprit précède l'expérience : existence d'un enseignement qui n'est pas reçu de l'expérience.
3. La collaboration de l'esprit et de l'expérience : Kant.

Le sens commun valorise l'expérience : il oppose à la théorie abstraite, détachée du réel, l'expérience concrète, vécue. Celle-ci serait donc la seule source d'un enseignement véritable : aux mots vides, elle substituerait lecontact plein et immédiat avec la réalité. Quelle distance par exemple entre ce que les livres disent de l'amour ou de la souffrance, et l'expérience même de ces situations! Toutefois, cet enseignement est-il, à proprement parler, « reçu » de l'expérience? Suffit-il de tendre l'oreille pour entendre les leçons de l'expérience? L'expérience est-elle à ce point « parlante »? N'est-ce pas plutôt ànous qu'il appartient de « tirer » des leçons de l'expérience? L'expérience n'enseigne qu'à celui qui sait l'interpréter. Nous sommes dès lors placés devant un paradoxe : l'esprit devrait sa richesse à l'expérience, mais en retour, l'expérience ne devient enrichissante que par l'apport de l'esprit. C'est ce paradoxe que nous devons approfondir.

C'est un lieu commun de dire quel'expérience est riche en enseignements. Analysons un premier exemple de cette valorisation de l'expérience. On dira d'un homme qui a de l'expérience dans un certain domaine, qu'il est supérieur à celui qui n'en a pas. L'expérience lui apporte quelque chose qu'il ne pouvait acquérir autrement. Dans cet exemple, l'expérience désigne la pratique : à force de s'exercer à une activité, on obtient une maîtrisequi ne pourrait nous venir par aucune autre voie. L'expérience est donc le seul maître qui enseigne le savoir-faire. En effet, on peut connaître parfaitement une chose — par exemple la technique du saut en hauteur — et être incapable de la réaliser. C'est donc que la réalisation d'une chose ne découle pas nécessairement de la connaissance de celle-ci : il y a une différence de nature entre leconnaître et le faire. C'est pourquoi aucun enseignement théorique n'est suffisant. La tentative plusieurs fois répétée, l'entraînement sont requis pour acquérir de l'habileté dans un domaine. Cela vaut pour les métiers manuels ou les exercices physiques, mais plus généralement pour tout type d'activité. À cet égard, cela concerne aussi la connaissance dans la mesure où penser est une activité : àforce d'exercer son esprit, celui-ci juge et raisonne avec plus de justesse et de promptitude. L'expérience enseigne donc le savoir-faire, et en particulier le savoir-penser, le bon usage de la raison.
Cette première indication n'est pas encore suffisante pour rendre compte de la valorisation commune de l'expérience. Si le mécanicien apprend mieux son métier en démontant des moteurs qu'ensuivant des cours, il doit néanmoins posséder des connaissances en mécanique. Le savoir-faire suppose un savoir. Ce savoir est-il alors à son tour quelque chose que nous recevons de l'expérience?
Pour répondre à cette nouvelle question, il faut envisager une caractérisation plus profonde de l'expérience que celle qui, nous venons de le voir, identifie l'expérience à la pratique, l'usage,...
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