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  • Publié le : 19 avril 2010
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eut-on venir à bout d'une croyance par le raisonnement? Croire n'est pas savoir: la pensée se risque dans les croyances, se met en péril. La croyance peut aussi expliquer les déficiences de l'action, où il ne suffit pas de "croire bien faire", et où la conviction peut se durcir jusqu'au fanatisme. D'où l'idée d'une vigilance, voire d'une lutte, et même d'une éradication dans le projet de "venir àbout" des croyances. Mais le raisonnement est-il ici un instrument efficace, suffisant? Dans un autre sens, on pourrait même se demander s'il est d'un usage légitime.
Intéressons-nous tout d'adord, aux effets du raisonnement. Qu'il s'agisse de foi (croire en), de conjecture (croire que), de confiance (croire l'autre), nous constatons une spéculation, une adhésion sans le secours de preuves: ontient pour vrai, on postule mais rien ne démontre. En même temps, celui qui croit "dur comme fer" n'a pas forcément conscience de la fragilité de son pari. Un effet du raisonnement pourrait être de ramener le croyant à la conscience qu'il n'est que croyant. Mis en demeure de se justifier, il n'a pas les moyens de démontrer qu'il est indubitablement dans le vrai. Toutefois, le croyant peutrétorquer qu'il est aussi difficile de montrer qu'il a indubitablement tort (ex. je crois que Dieu existe, nul ne l'a établi par la démonstration, même si l'on prend en compte les tentatives de preuves ou les arguments de la "religion naturelle", mais qui fournit la preuve qu'il n'existe pas?). Certaines croyances se présentent lucidement comme de simples hypothèses. Elles pourraient être invalidées pardes protocoles scientifiques d'expérimentation; mais dans certains cas ils sont impossibles, provisoirement ou par principe, comme dans le champ de l'interrogation métaphysique. Première idée donc: le raisonnement peut montrer qu'une croyance n'est qu'une croyance, et non un savoir (comme le fait Kant par exemple), mais ce n'est pas pour autant "en venir à bout".
Envisageons tout de même le casoù la croyance s'inscrit dans la doxa: c'est un pur effet du préjugé et de la crédulité. Elle est alors conformiste, liée à un assoupissement de l'esprit critique, à l'ascendant de l'autre qui peut "m'en faire accroire" par son autorité, son charisme, son habileté. Le sophiste cherche ainsi à persuader plus qu'à convaincre: l'important pour lui est d'emporter l'adhésion, et non de lui fournir dessupports rationnels. Socrate essaie bien de "venir à bout" des idées qu'on a pu ainsi intérioriser, plus par le prestige de ceux qui les émettaient que par la prise en compte d'une arumentation sur le fond. On voit ainsi chez lui la pratique de l' "elenchos", processus du réfutation qui vise à mettre celui qui émet une opinion en contradiction avec l'ensemble de croyances qu'il entretient parailleurs (Ménon par exemple, qui s'est d'abord fait naïvement l'écho du système de valeurs sophistiques, ne peut à la fois croire qu'il y a une vertu pour tous et proposer comme définition de la vertu ce préjugé: "la capacité à commander" - car ou bien il n'y a aucune vertu possible pour l'esclave, ou bien il faut trouver une autre conception de la vertu). Il y a bien ici le projet de faire renoncerMénon à ce qu'il "croit savoir" et Socrate y réussit au moins en partie si l'on voit à quel point ses interlocuteurs se plaignent d'une "secousse", d'un embarras, d'une sorte d'écroulement de leurs convictions. On retrouverait une démarche semblable chez Epicure lorsqu'il veut montrer la sottise qu'il y a à prêter aux dieux des passions: de la colère éventuellement, de la sensibilité aux flatteries etaux offrandes. Celui qui croit cela est en contradiction avec la croyance qu'il a aussi en des dieux immuables, dans une "souveraine paix" (Lucrèce), dans la perfection de la sérénité et de l'ataraxie. Une croyance en Dieu bien conçue devrait ainsi éradiquer les croyances superstitieuses. Deuxième idée donc: on peut venir à bout de certaines croyances, mais au nom de la cohérence avec...
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