Philosophie arabe.

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 9 (2206 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 31 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Platon et Aristote lus par les philosophes arabes médiévaux.

Commentez ce passage de Léo Strauss :

« Nous trouvons dans la philosophie islamique un usage relativement étendu de la distinction entre enseignement exotérique fondé sur des arguments rhétoriques, et enseignement ésotérique, fondé sur des arguments scientifiques ou démonstratifs »

La philosophie islamique se développa à Bagdadà partir du IXème siècle sous le règne du calife Al-Ma'mûn, lequel dépêcha dépêcha des émissaires afin d'importer les manuscrits grecs depuis Byzance. Il fît bâtir la « maison de la sagesse » dans laquelle les intellectuels traduisaient rapidement les textes grecs, c'est ainsi que Platon, Aristote et Plotin furent introduits dans le monde musulman. Et la philosophie islamique se caractérised'ailleurs par le commentaire, elle est un commentaire des œuvres d'Aristote et de Platon. En outre, ce bâtiment marque la présence de la philosophie dans une société organisée par le texte religieux, le Coran. Mais cette présence est problématique dès lors que la philosophie se donne pour tâche de spéculer sur l'ordre de l'univers et sur le comportement que doit adopter l'homme au sein de la sociétéet plus généralement de l'ordre cosmique, car ce sont là des sujets auxquels la religion apporte déjà des réponses. Philosophie et religion prétendent toute deux apporter une réponse aux problèmes théoriques et pratiques, et, dans cette société musulmane, la religion apporte déjà des réponses qui organisent la vie et la pensée des hommes.
En outre, philosophie et religion divergent quant à laméthode d'enseignement requise. Le discours philosophique se caractérise en ce qu'il est un discours rationnel, démonstratif et logique : c'est par un raisonnement, une déduction logique, que la vérité est recherchée. En ce sens, la compréhension des textes nécessite l'utilisation d'un outil logique en plus de la compréhension abstraite des concepts ; ce qui rend la discipline accessible à la seuleélite intellectuelle, c'est à dire qu'il est ésotérique. Le discours religieux, au contraire, est de l'ordre du persuasif, c'est à dire qu'il ne recourt à aucune forme de déduction et se donne pour tâche de convaincre les foules dans l'intérêt de la cité. Ce discours prend d'ailleurs la forme poétique, non argumentative, il ne convainc pas par la force des arguments juxtaposés. Tout le problème estdonc d'harmoniser ces deux formes d'enseignements apparemment exclusives, dans le but d'introduire la philosophie dans le monde musulman dirigé par l'ordre religieux. Car si leurs objets sont semblables, un dénominateur commun permettrait une articulation de ces deux types de discours, et leur enseignement corollaire, au sein de la cité. L'enjeu est la possibilité d'une harmonie entre philosophieet religion, harmonie qui implique une efficacité pratique dans l'ordre du politique et du social.
Nous défendrons la thèse selon laquelle il y a dans la philosophie islamique un dynamisme entre ces deux formes de discours, et corrélativement d'enseignement.

*

Une première harmonie entre ces deux formes de discours se trouve dans la thèse de l'Organon long, c'est à dire l'intégration destraités de rhétorique et de poétique dans la logique aristotélicienne. En ce sens, les outils utilisés pour l'investigation scientifique ne se limitent pas à la stricte logique démonstrative mais intègrent bien ce qu'on nommerait aujourd’hui une « logique du langage courant ». Cette intégration de la rhétorique et de la poétique dans les traités de logique est lourde de conséquences étant donnéqu'elles constituent alors un moyen pour la connaissance. De ce simple fait, le discours religieux, qui est de l'ordre de la rhétorique et du poétique, trouve son fondement logique. Ce qui ne signifie pas pour autant l'absence de hiérarchie, comme en témoigne l'harmonie établie entre les philosophies de Platon et d'Aristote par Al-Fârâbî[1], où il superpose l'allégorie de la caverne chez Platon à...
tracking img