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  • Publié le : 26 septembre 2010
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Dom Juan Acte I, scène 2

Introduction

Dom Juan incarne communément la figure du libertin. On songe d’abord à la liberté des mœurs, sensuelle, parfois associée à la débauche, mais le libertinage est aussi une liberté  de pensée, émancipée des carcans de la religion, de la superstition. Dès la première scène de l’acte I, Sganarelle présente son maître sous ce double aspect du libertinage :il ne croit « ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou », il passe cette vie en « pourceau d’Épicure », c’est un « vrai Sardanapale ». Cette scène 2 est celle de l’entrée en scène de Dom Juan et, pour répondre à Sganarelle qui condamne l’infidélité, il se lance dans une justification qui est tout autant une profession de foi que l’autoportrait d’un libertin.
À travers cette tirade, Dom Juan révèle sonlibertinage. C’est d’abord un libertinage de mœurs ostensiblement exposé, mais encore, le caractère provocateur de ce discours révèle un libertinage d’esprit à l’écart de toutes les normes morales et sociales.

I- Le libertinage des mœurs 

A- La constance est avant tout condamnée

C’est une affirmation simple et brutale qui expose clairement la position de Dom Juan à la ligne 131« la constance n’est bonne que pour les ridicules » et cette affirmation est encore marquée du sceau de la certitude grâce à la double négation qui la précède « non, non ». Dans son discours, Dom Juan associe la constance ou les liens de mariage à plusieurs images négatives. La première d’entre elles est celle de l’enchaînement servile suggéré par la tournure verbale « se lie à demeurer » l.125,lier rappelant les nœuds, ou encore par le verbe  « prendre » dont Dom Juan est le complément d’objet. Derrière cet enchaînement, c’est ensuite l’image de la mort qui apparaît : d’abord une mort sociale puisque la constance exige que l’on « renonce au monde », puis l’image de la mort devient plus nette et violente, car le mariage consiste à « s’ensevelir », à « être mort dès sa jeunesse » às’ « endorm [ir] dans la tranquillité d’un tel amour » où « tout le beau de la passion est fini » ( l.153-155). Ce rejet est renforcé par un lexique dévalorisant comme « se piquer d’un faux honneur d’être fidèle » et d’autres termes déjà cités comme « ridicules », « s’ensevelir »; il est encore décuplé par la dynamique du discours, quasi violente, créée par les rythmes ternaires qui ouvrent la tirade, lesexclamations et l’interrogation qui suggèrent un étonnement si fort qu’il s’apparente à une indignation dans les trois premières phrases ou encore cette double négation en tête de phrase à la ligne 131. Cette condamnation donne lieu ensuite à une justification de l’inconstance caractéristique du libertinage de mœurs.

B- De la justification à l’éloge de l’inconstance

Dom Juan ditrépondre aux lois de la nature et en ce sens il affiche bien une attitude libertine, proche des sens et loin des lois morales et de la raison sociale. En effet, l. 139-140, évoquant « les hommages et les tributs où la nature [l’] oblige », il rappelle la nécessité de répondre aux pulsions que la beauté suscite. Aussi, l’utilisation du présent de vérité général dans des phrases à l’aspect d’aphorismeattache les mécanismes de l’amour inconstant aux lois de la nature : l. 144  «  tout le plaisir de l’amour est dans le changement » ou encore «  les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables ». De même, l’usage du pronom indéfini « on » ou bien « nous » donne une dimension universelle au propos qui laisse penser que cette inconstance est naturelle ou en tout cas partagée.Enfin, la justification laisse la place à un éloge plus direct grâce à l’utilisation d’un lexique mélioratif et à celui de la sensualité : « on goûte une douceur extrême » (145), « une jeune beauté » (146), « charmes attrayants » (156)… À la fin de cette tirade, Dom Juan prend très ostensiblement le parti de l’inconstance. Le « je » prend le pas sur le « on » et il expose son désir impétueux...
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