Pourquoi penser ?

A quoi bon penser ?

1. Les réflexions présentées sur ces pages sont issues d’une question, aussi simple que naïve, qui s’est imposée à mon esprit au fur et à mesure de lectures aléatoires d’ouvrages qu’il convient de qualifier de « philosophiques », à la suite d’études dites approfondies, réalisées tardivement et se rapportant plus précisément à des questions de logique et de communication.Les hasards de l’existence, provoqués parfois par des volontés insoupçonnées, autant des intentions personnelles que des contraintes collectives, ne m’ont pas permis d’être reconnu docte en la matière. Ce fut pour mon plus grand bonheur, du moins en est-il pour ceux qui éprouvent des exigences spirituelles depuis leur plus jeune âge, lorsque celles-ci demeurent insatisfaites. Le temps me fut ainsiaccordé de fréquenter avec un soin de plus en plus attentif divers auteurs, sans aucune autre contrainte d’assiduité que celle à laquelle je pouvais me soumettre, qu’il s’agisse des plus classiques autorités aux plus modernes, comme si l’enseignement reçu de mes maîtres devait trouver la plénitude de sa signification dans les contingences les plus imprévisibles de la vie. Il me paraît utile dementionner que mes premières études m’avaient conduit sur cette sinistre voie des d’affaires, où la gentillesse est toujours suspecte, et où par la force des choses, je n’étais devenu qu’un moyen, autrement dit capable de performances à peine correctes. Malgré la pression des circonstances, je n’ai pu, et peut-être à tort, interrompre le flux des réflexions initiées sur ce que certains désignent commeétant les « grandes questions », telles le sens de la vie, la conscience cosmique, l’interrogation sur la divinité, la certitude de savoir, les valeurs de vérité et de morale, l’éternité, l’infini, etc. Cette question brutale s’est imposé dans le dessein de mettre de l’ordre dans diverses notes, lectures, pensées spontanées. Elle m’a parut susceptible d’orienter des réponses et un espoir declarification de sorte de savoir où j’en suis.

2. Ce n’est pas un relevé de résumés de livres, ou de citations ici ou là, qui me permettront d’avancer davantage et de clore définitivement – qui sait ? – sur ces quasi-problématiques. Je suis conduit à m’interroger sur le sens de tout ce temps, perdu aux yeux de nombre de mes semblables, et devant ces livres et ces cahiers, j’éprouve un profondsentiment d’inutilité, d’échec mêlé de satisfaction de connaître. Une première évidence serait de s’interroger trivialement sur le « pourquoi » de toutes ces écritures, et sur cette volonté d’y trouver un nouvel ordonnancement. Souhaitant par ailleurs éviter à tout prix de me prévaloir de l’arrogance cultivée d’un cuistre, ou de verser dans le pédantisme, je pourrais me contenter d’un aide-mémoire, oud’une bibliographie accompagnée d’appréciations. Si j’ai tenté de comprendre le sens, si j’ai cru apprécier tel ou tel passage de Descartes, de Kant, de Husserl, ou de tel logicien moderne, Brouwer, Hilbert, etc. j’en reviendrais alors inéluctablement à la même interrogation : à quoi bon me demander pourquoi je le pense, puisque l’essentiel est dans le fait que je puisse penser, voire que je « puissecroire avoir pensé », et ce combien même, pour reprendre les mots de Heidegger, « nous ne pensons pas encore ». La seconde évidence est aussi triviale que la première : elle consiste à se demander à quoi bon penser si je ne suis pas certain de pouvoir penser valablement, comment puis-je accepter ma pensée comme étant telle, alors que je pourrais choisir de ne pas penser autrement qu’il estd’usage pour l’honnête homme, agir et exister sans l’ombre de la moindre réflexion ? Ces évidences triviales, contrastant singulièrement avec la violence de la question de « l’à quoi bon », n’impliquent que des préjugés, des opinions ou solutions toutes faites, comme l’on dit, issus le plus souvent des conditionnements de l’esprit par l’effet des forces idéologiques d’une époque ou d’une coutume...
tracking img