Quelle justice voulons nous ?

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  • Publié le : 5 août 2011
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Quelle justice voulons-nous ?

Tout le monde rêve d’un monde plus juste… mais au nom de quoi ?
L’égalité ?
La reconnaissance ?
Le respect de l’autonomie ?
Faut-il privilégier l’égalité ou le mérite ?
Existerait-il des inégalités justes ?
Des égalités injustes ?
Peut-on promouvoir une réelle égalité des chances ?
Qui ne se souvient de l’insupportable injustice dont il fut victimeenfant ? C’est le jeune Jean-Jacques Rousseau accusé à tort d’avoir cassé un peigne de Mlle Lambercier qui, près de cinquante ans après, rédigeant ses Confessions, enrage encore. Ou le petit Georges Perec à qui la maîtresse arrache une médaille pourtant méritée parce qu’il aurait volontairement bousculé une petite fille à la sortie de la classe. Dans une cour d’école ou à la maison, victimes decamarades ou d’adultes, tous les enfants ont connu leurs injustices et la colère qu’elles ont générée.
En guérit-on ?
Rien n’est moins sûr.
Il y a toujours un enfant en nous qui s’insurge, malgré la désillusion et le réalisme qui sont le triste privilège des années. L’injustice est première. Et pas besoin de raisonnements alambiqués, de grandes constructions théoriques pour en faire l’expérience. Ily a les injustices criantes, incontestables. Celles qui font s’exclamer chacun d’entre nous. En 2006, rien qu’en dividendes, Bernard Arnault à la tête du prestigieux groupe LVMH, a ainsi touché l’équivalent de 27000 années de SMIC !
Mais la détermination de ce qui est juste ou non divise plus souvent qu’elle ne met d’accord. Ainsi la chatouilleuse question des impôts. Faut-il alléger lafiscalité et limiter la redistribution sociale ? Faut-il au contraire la soutenir afin d’aider les moins lotis dans notre société ? La question laisse souvent parler les intérêts particuliers. Les chefs d’entreprise sont ainsi nombreux à juger injuste une fiscalité étouffante qui ne reconnaîtrait guère les mérites quand les personnes aux revenus modestes estiment souvent les aides sociales insuffisantespour pallier des inégalités insupportables. Tout le monde en appelle à plus de justice, mais sur un tel terrain, il semble bien difficile de s’entendre. Faut-il alors se résoudre à la cacophonie ?
Existe-t-il des inégalités justes?
Avec ses collaborateurs, le sociologue François Dubet est parti interroger les injustices au travail, menant l’enquête auprès d’un large panel de professions : aidessoignantes, cadres d’entreprise, ouvriers du bâtiment, hôtesses de caisse, vacataires de l’université. Tous ou presque se plaignent des injustices dont ils sont l’objet ou les témoins. Tels la jeune vendeuse d’origine togolaise victime de discrimination, le fonctionnaire choqué de voir un collègue incompétent et peu investi avoir la même rémunération, l’aide-soignante soumise au mépris d’un systèmehospitalier ultra hiérarchisé, la serveuse qui se sent considérée comme une «bonniche».
Les travailleurs ne prônent pas tous l’égalité, loin s’en faut, et reconnaissent en général qu’il y a des inégalités justes. Tels ceux qui jugent normal de ne pas avoir un gros salaire parce qu’ils n’ont pas de diplôme. Ou ceux qui justifient les statuts des fonctionnaires par les concours. Mais sont montrésdu doigt passe droits et promotions canapé, castes et privilèges, exploitation et domination. Les avantages des autres sont critiqués alors même que les siens sont souvent jugés légitimes.
Comment trouver un sens à un tel casse-tête ?
Derrière la diversité des situations et des explications invoquées, F.Dubet repère trois principes de justice sollicités par ces travailleurs : l’égalité, lareconnaissance du mérite et le respect de l’autonomie.
En effet, que pointe la dénonciation du racisme, du sexisme, du mépris sinon le manque d’égalité ?
Les efforts non reconnus ou les pistons contreviennent au principe du mérite.
Et c’est au titre d’un droit à l’autonomie que l’excès de stress, l’aliénation, le manque de marge de manoeuvre et de responsabilités sont critiqués. Tout le monde...
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