Salluste catillina traduction

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Les discours dans La conjuration de Catilina
(Salluste)

Contexte : 63 avant J.-C., Catilina fomente un complot visant à s’emparer du pouvoir à Rome.

I. Discours de Catilina à ses compagnons (Catilina, xx).
Catilina, voyant réunis les gens dont j'ai parlé, bien qu'il eût avec chacun d'eux traité maintes fois de l'affaire, crut utile de les haranguer et de les exhorter tous ensemble ; illes mena dans une pièce secrète de sa maison et là, loin des indiscrets, il leur adressa la parole à peu près en ces termes :

« Si je ne connaissais bien votre courage et votre attachement, c'est en vain que les circonstances actuelles seraient favorables ; nous aurions en vain devant nous de grandes espérances, et le pouvoir à portée de mains ; si je ne devais compter que sur la lâcheté etl'inconsistance, je ne lâcherais pas le certain pour l'incertain. Mais dans beaucoup d'occasions graves, j'ai éprouvé votre courage et votre fidélité, et c'est ce qui me donne le cœur de ne pas reculer devant la plus grande et la plus belle des entreprises.
J'ai compris aussi que maux et biens sont pour vous ce qu'ils sont pour moi ; car vouloir la même chose, et refuser la même chose, c'est là ensomme l'amitié dans toute sa force. Mes projets, je les ai déjà fait connaître à chacun de vous séparément. Mais je sens mon cœur s'enflammer chaque jour davantage, quand je considère ce que sera notre vie dans l'avenir, si nous ne travaillons pas nous-mêmes à conquérir notre liberté. Depuis que l’État est devenu la possession, la chose de quelques grands personnages, invariablement c'est à euxque rois et princes ont versé les impôts, que peuples et nations ont payé les tributs ; nous autres, les braves et les forts, nobles ou plébéiens, nous sommes la racaille, sans autorité, sans influence, esclaves de gens dont nous nous ferions craindre, si tout marchait bien. Autorité, pouvoir, honneurs, argent, tout est à eux ou à leurs amis ; à nous ils laissent les échecs, les dangers, lescondamnations, la misère. Jusqu’à quand le permettrez-vous, hommes sans peur ? Une mort que notre courage rendra honorable n'est-elle pas préférable à une vie misérable, sans pouvoir, que nous perdrons dans le déshonneur, après avoir servi de jouet à la tyrannie d'autrui ?
Ah ! je prends à témoin les dieux et les hommes, la victoire est là, dans notre main. Nous sommes jeunes, énergiques ; eux aucontraire, le temps et la richesse en ont fait des vieillards. Nous n'avons qu'à commencer ; pour le reste, nous verrons bien. Peut-on, si l'on a du cœur, peut-on tolérer ces énormes fortunes, qu'ils gaspillent à bâtir sur la mer, à niveler les montagnes, pendant que nous n'avons pas d'argent même pour le nécessaire ? peut-on leur laisser édifier deux ou trois maisons à côté l'une de l'autre, tandisque nous n'avons nulle part un foyer à nous ? Ils achètent des tableaux, des statues, des objets d'art, font démolir une maison qu'ils viennent de construire pour en bâtir une autre, bref imaginent cent moyens de dissiper et de gaspiller leur argent, sans que par leurs folies ils puissent jamais en venir à bout. Et pendant ce temps, c'est chez nous l'indigence, au dehors les dettes, un présentsinistre, un avenir encore plus sombre ; en un mot, une seule chose nous reste, l'air que nous respirons pour notre malheur. Réveillez-vous donc ! elle est là, oui, elle est là, cette liberté que vous avez toujours désirée, et avec elle, la richesse, l'honneur, la gloire sont là, devant vous ; toutes ces récompenses, la fortune les donne au vainqueur. La situation, les circonstances, les dangers àcourir, votre misère, le riche butin de la guerre, tout, mieux que mes paroles, vous pousse à l'action. Pour moi, prenez-moi comme chef ou comme soldat ; ni mon courage ni mon corps ne vous feront défaut.
Voilà, je l'espère, ce que je ferai avec vous, si je suis consul, à moins que je ne me trompe, et que vous ne soyez plus disposés à rester des esclaves qu'à devenir les maîtres. »

II. Discours...
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