Sauvages ou naturels ?

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Corrigé du DS n°2, préparation de l'explication de texte, 13 novembre 2009
Il n’y a rien de barbare et de sauvage en ce peuple1, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas conforme à ses usages ; à vrai dire, il semble que nous n’ayons d’autre critère de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et des usages du pays où nous sommes. Là esttoujours la parfaite religion, le parfait gouvernement, la façon parfaite et accomplie de se comporter en toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que la nature, d’elle-même et de son propre mouvement, a produits : tandis qu’à la vérité ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôtsauvages. [...]
Ces peuples me semblent donc barbares, dans le sens où ils ont reçu fort peu de formation intellectuelle, et ils me semblent encore fort proches de leur nature originelle. Les lois naturelles leur commandent encore, fort peu abâtardies2 par les nôtres ; mais c’est à un état si pur, qu’il m’arrive de regretter qu’ils n’aient pas été connus plus tôt [...]. Il me semble que ce que nousvoyons par expérience en ces peuples surpasse non seulement toutes les peintures dont la poésie a embelli l’âge d’or3 et toutes ses fictions pour représenter une condition humaine heureuse, mais encore les conceptions et les désirs mêmes de la philosophie. Ils n’auraient pu imaginer un état naturel si pur et si simple, comme nous le voyons par expérience, ni croire que la communauté humainepuisse se maintenir avec si peu d’artifice et de liens entre les hommes.
Michel Eyquem de Montaigne (1533 - 1592), Les Essais (1580), livre I chapitre XXXI, des Cannibales.

1. amérindiens ;
2. dégénérées ;
3. époque ancienne et mythique où les hommes étaient supposés bons et vertueux.

Voici le texte original, et sans coupure... :
Or, je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a riende barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ; comme de vray il semble que nous n’avons autre mire1 de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du païs où nous sommes. Là est tousjours la parfaicte religion, la parfaicte police2, perfect et accomply usage de toutes choses. Ilssont sauvages, de mesmes que nous appelions sauvages les fruicts que nature, de soy et de son progrez3 ordinaire, a produicts : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérez par nostre artifice4 et détournez de l’ordre commun, que nous devrions appeller plutost sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses les vrayes, et plus utiles et naturelles vertus et proprietez, lesquelles nous avonsabastardies en ceux-cy, et les avons seulement accommodées au plaisir de nostre goust corrompu. Et si pourtant la saveur mesme et délicatesse se treuve à nostre goût excellente, à l’envi5 les nostres, en divers fruits de ces contrées-là, sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gaigne le point d’honneur sur nostre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richessede ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout estouffée. Si est-ce que, par tout où pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprinses,

Et veniunt ederæ sponte sua melius,
Surgit et in solis formosior arbutus antris,
Et volucres nulla dulcius arte canunt6.
Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter7 le nid du moindre oyselet,sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage non pas8 la tissure de la chetive araignée. Toutes choses, dict Platon sont produites par la nature, ou par la fortune9, ou par l’art; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; 1es moindres et imparfaictes, par la dernière.
Ces nations me semblent donq ainsi barbares, pour avoir receu peu de façon de l’esprit...
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