Savetier et financier

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  • Publié le : 16 juin 2010
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Le Savetier et le financier
Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir : 
C'était merveilles de le voir, 
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages, 
Plus content qu'aucun des sept sages. 
Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or, 
Chantait peu, dormait moins encor. 
C'était un homme de finance. 
Si sur le point du jour parfois il sommeillait, 
Le Savetier alors en chantantl'éveillait, 
Et le Financier se plaignait, 
Que les soins de la Providence 
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir, 
Comme le manger et le boire. 
En son hôtel il fait venir 
Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire, 
Que gagnez-vous par an ? - Par an ? Ma foi, Monsieur, 
Dit avec un ton de rieur, 
Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière 
De compter de la sorte ; etje n'entasse guère 
Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin 
J'attrape le bout de l'année : 
Chaque jour amène son pain. 
- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée ? 
- Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ; 
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,) 
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours 
Qu'il faut chommer ; on nous ruine en Fêtes. 
L'unefait tort à l'autre ; et Monsieur le Curé 
De quelque nouveau Saint charge toujours son prône. 
Le Financier riant de sa naïveté 
Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. 
Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin, 
Pour vous en servir au besoin. 
Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre 
Avait depuis plus de cent ans 
Produit pour l'usage des gens. 
Il retournechez lui : dans sa cave il enserre 
L'argent et sa joie à la fois. 
Plus de chant ; il perdit la voix 
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines. 
Le sommeil quitta son logis, 
Il eut pour hôtes les soucis, 
Les soupçons, les alarmes vaines. 
Tout le jour il avait l'oeil au guet ; Et la nuit, 
Si quelque chat faisait du bruit, 
Le chat prenait l'argent : A la fin le pauvre homme 
S'encourut chez celui qu'il ne réveillait plus ! 
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme, 
Et reprenez vos cent écus. 

Texte 1 : Le savetier et le financier - Les fables (1668-1694)

Doctrine classique : on emprunte les thèmes des textes à l’Antiquité.
La Fontaine emprunte La cigale et la fourmi à une ancien esclave affranchi Grecque : Esope.-------------------------------------------------
Définition fable : C’est un court récit en vers qui comporte une moralité = un apologue (fonction morale).

La morale est différente de la moralité. 
Moralité du Loup et l’Agneau : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».
→ Raison permanente qui amène une injustice, donc ce n’est pas moral.

La morale peut être : → explicite : au début ou à la fin de lafable
→ implicite : il faut que le lecteur la devine
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Lecture analytique de la fable

Dans cette fable on ne peut pas tout de suite trouver la moralité, elle est implicite car il n’y a pas de phrase du style « l’argentne fait pas le bonheur ». Le lecteur peut comprendre la moralité au dénouement de la fable lorsque le savetier rend l’argent au financier.


→ Les étapes de la fable et ses protagonistes :


Ce ne sont pas des animaux, on le sait d’après le titre (noms de métiers : savetier → qui fabrique des chaussures, artisan pas très riche, métier difficile par rapport au manque de matériaux).Le financier est quelqu’un de beaucoup plus riche, même s’il fait parti du Tiers-Etat.
L’histoire montre l’opposition, le parallélisme des conditions sociales.




* Vers 1 au vers 7 :

Présentation des deux personnages : opposition dans les portraits :
* Le savetier est pauvre mais joyeux (chante sans cesse) il est plus heureux : valorisation de la bonne humeur du...
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