Schumpeter et les crises

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  • Publié le : 6 juillet 2010
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Schumpeter et les Crises. Cycles, Morale et Capitalisme

Schumpeter décrit le capitalisme comme une économie en mouvement où le progrès technique ne se déploie pas de manière continue. Les innovateurs en arrivant en « troupe » engendrent ainsi des cycles. La crise surgit alors dans les « phases négatives » des ondes, la récession et la dépression. Schumpeter montre qu’elles constituent unphénomène normal et non pathologique du processus capitaliste. Toutefois, si la dépression ne peut provoquer l’effondrement du capitalisme, Schumpeter entrevoit sa fin et son probable remplacement par le socialisme, pour des raisons non économiques. Ce n’est ni la baisse du profit, ni la disparition d’occasion d’investir qui vont le menacer, mais différents éléments s’attaquant au moteur même dusystème : l’entrepreneur2. Or, le capitalisme transforme la culture, transforme les valeurs. L’éthique bourgeoise, l’enrichissement sont ainsi progressivement condamnés et
dannequin.fabrice@neuf.fr Dans l’œuvre de Schumpeter, l’entrepreneur est l’agent qui innove quant l’entreprise est l’action d’innover. Le manager dirige une firme « sur une ligne établie ». Schumpeter décrit ainsi diverses « fonctions» qui peuvent être ou non réalisées par des acteurs économiques différents (Schumpeter, 1939, I, p. 102). 2
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la classe bourgeoise, composée d’entrepreneurs ayant réussi, entraînée vers le déclin. Nous évoquerons les deux théories des crises développées par Schumpeter. Ces deux approches s’appuient sur une endogénéisation de la crise, mais en mobilisant comme support des crises cycliquesdes éléments essentiellement « économiques ». De son côté, le déclin du capitalisme s’explique par des éléments essentiellement « sociologiques ». Nos propos s’achèveront sur quelques interrogations autour de la crise actuelle en reprenant des éléments développés précédemment.

I. LA CRISE CYCLIQUE COMME PROCESSUS NORMAL DU CAPITALISME
Schumpeter insiste : une société où le secteur capitalisteest prégnant ne peut que devenir une société où l’activité économique connaît des fluctuations spécifiques (1939, I, p. 224-225). En effet, « the smaller the capitalist sector embedded in an otherwise precapitalist world, the less the fluctuations characteristic of the capitalist process will assert themselves and the more other causes of fluctuations, in our terminology external factors willdominate» (Schumpeter, 1939, I, p. 224-225). Ainsi, avant le XIXème siècle, période du « capitalisme intact », les fluctuations résultent davantage des récoltes, des guerres, des épidémies, des « facteurs externes », que de l’économie capitaliste au sens strict. Il nomme « facteurs extérieurs » (outside factors) les éléments non économiques influençant et caractérisant les ondes. On peut citer àl’aune de l’article de 1935 les éléments
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suivants : guerres, révolutions, catastrophes naturelles, les changements institutionnels, les changements de politique commerciale, les habitudes de paiement, les variations de récoltes dues aux conditions météorologiques ou aux maladies, les changements dans la production d'or engendrée par d’hasardeuses découvertes etc. (1935, p. 136). Si le capitalismese caractérise par des ondes, si ces ondes se différencient les unes des autres notamment par des facteurs externes, alors on ne peut que douter de la pertinence du recours au terme de cycle. En effet, la régularité du mouvement s’exprime par la récurrence des mouvements qui le composent, d’où l’ambiguïté du terme de cycle et le recours à des expressions comme « ondes », « mouvement » ou «fluctuations ». Néanmoins, les éléments économiques essentiels du “cycle”, les phases restent identiques. Ainsi « there is nothing in what has happened in the capitalist world during the past three years, which was not also present in the picture of 1873 » (Schumpeter, 1934, p. 112). Les dépressions présentent toutes des krachs boursiers et des épisodes de spéculations boursières (1825, 1873,...
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