Socialisation

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  • Publié le : 3 mai 2010
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Deux extraits de « Tableaux de familles : heurs et malheurs scolaires en milieux populaires », Bernard LAHIRE, Gallimard, Le Seuil, 1995.

Ce livre analyse le parcours scolaire d’élèves de CE2. L’enquête est réalisée à partir d’entretiens avec les familles de ces élèves, les élèves eux-mêmes, les enseignants.

Portrait 20 : Un surinvestissement scolaire paradoxal (pp. 217-225)

Johanna U.,née à Lyon, à l'heure scolairement, a obtenu 1,8 sur 10 à l'évaluation.

C'est avec le père de Johanna que s'effectue la prise de rendez-vous. Il apparaît tout d'abord méfiant, réticent. Il nous demande un papier, « une carte » et n'accepte l'entretien que lorsqu'il voit le mot que nous avons fait passer par l'école et que sa fille n'avait pas montré (signe de la manière dont circulent lespapiers entre 1'école et la famille).
L'entretien se déroule dans la salle à manger. La pièce paraît surchargée (on y voit une table, un salon, une télévision et des meubles divers) et on y circule difficilement. Pendant l'entretien, la télévision est en marche et il y a de nombreux passages d'enfants (pour le travail scolaire, pour écouter ce qui se dit) ou de voisins. Le père s'en va aucours de l'entretien (alors que c'était lui qui répondait principalement à nos questions) parce que la cousine de sa femme vient le chercher pour qu'il la conduise faire une course en voiture. La mère prend le relais. Elle répond souvent brièvement ou en hochant la tête. En définitive, l'entretien est plus une tranche de vie qu'un moment formel, une parenthèse dans le rythme domestique quotidienoù l'on se consacrerait entièrement à répondre à des questions et où l'on contrôlerait les conditions dans lesquelles s'effectue la conversation (limiter les bruits, les passages des uns et des autres...).
La famille est originaire de la Martinique. Le grand-père paternel est présenté, par son fils, comme « sous-directeur des travaux publics » et « responsable de tout ». La grand-mèrefaisait, avant de mourir, des « petits boulots » en usine ou restait à la maison. Le contexte familial (sept enfants en comptant le père de Johanna) peut expliquer la situation de M. U., quatrième né, qui est ouvrier électricien. Sa mère étant morte, le fils dit qu'il est devenu « responsable de famille » : « J'ai perdu ma mère donc je me suis mis à bosser quoi. » Une de ses sœurs (la troisième née,bachelière) travaille aujourd'hui aux Antilles comme «  directrice en télécommunication, à la recherche ». II n'est pas en mesure de parler de l'ensemble de ses frères, avec lesquels il n'a gardé aucune relation. Ses frères et sœurs sont allés à l'école plus ou moins longtemps mais ne sont pas démunis de tout capital scolaire. Il faut toutefois remarquer qu'à plusieurs reprises M. U. semble mélangerles niveaux scolaires : celui d'un frère qui est « en seconde, en quatrième quelque chose comme ça » ou son propre niveau scolaire qu'il affirme être « la cinquième » puis, plus tard dans l'entretien, alors que sa femme déclare être allée jusqu'en seconde, « la quatrième » : « Quand même, c'était pas la cinquième, j'me suis trompé, c'était la quatrième et quelques. » Il à 37 ans, travaille commeouvrier électricien dans une entreprise de travaux publics avec laquelle il est amené à faire de nombreux déplacements (une semaine sur deux). Arrivé en métropole il y a 12 ans, il a suivi une formation professionnelle et obtenu un CAP d'électricien. Puis il a encore suivi un stage de formation en électronique. Il est très sensible aux différences entre métier qualifié et métier non qualifié(parlant du travail de la sœur de sa femme, il dit: « C'est pas à la chaîne quoi. Y a une différence, d'être à la chaîne et pis d'être heu... »).
Du côté des grands-parents maternels, la situation semble moins favorable : deux enfants vivant seuls avec leur mère qui « a travaillé en usine ». La sœur de Mme. U. est allée jusqu'en première mais, elle, n'y est allée que jusqu'en seconde. Elle...
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