Vichy

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  • Publié le : 2 juin 2010
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a France, lorsque paraît l'ouvrage d'Henry Rousso 66, s'est installée depuis quelques années dans une crise de mémoire nationale dont elle n'est, aujourd'hui, toujours pas sortie : elle vit dans une véritable obsession, celle du régime de Vichy, passant comme d'un excès d'oubli, dans les années cinquante, de ce que furent ces quatre années noires (1940-1944), à un excèsde remémoration. Henry Rousso étudie au plus près le devenir d'un événement historique non plus dans sa réalité - ce à quoi l'auteur avait consacré ses premiers travaux -, mais dans le travail de réinterprétation de cette période, depuis la Libération, par les différentes mémoires sociales - des partis politiques, des groupes, des générations, ce que par convention simplificatrice il est convenud'appeler « la mémoire collective ». Que la mémoire devienne objet d'histoire est alors une tendance nouvelle de l'historiographie. François Furet vient juste de montrer combien la part de la réinterprétation de la Révolution française au fil des grandes batailles politiques sur plus d'un siècle est elle-même devenue partiellement constitutive de l'événement 67 ; peu après, Pierre Nora entreprendavec Les Lieux de mémoire son « Histoire de la France par la mémoire » et Jacques Le Goff livre Histoire et mémoire 68. La double originalité de l'ouvrage d'Henry Rousso est d'abord, au plan heuristique, de montrer combien l'obsession des années Vichy, phénomène sans équivalent, fonctionne à rebours de toutes les modalités jusqu'alors communes de la mémoire nationale ; ensuite de voir bientôt sesthèses se diffuser largement au-delà du cercle des professionnels pour gagner le discours des médias sous la forme résolument inversée de son énonciation : le syndrome, qui chez l'auteur manifeste la difficulté qu'a la France à assumer un passé connu, devient, au-delà du premier cercle universitaire, un symptôme, la manifestation d'une maladie cachée, l'impossible forclusion d'épisodes secrets que laFrance aurait tus jusqu'alors.
À l'origine de ce syndrome, l'ébranlement de la Deuxième Guerre mondiale : l'effondrement d'une grande puissance coloniale en quelques semaines ; son occupation par les armées nazies ; l'abolition par des élites politiques, économiques et sociales, légalement parvenues au pouvoir à l'été 1940, de la République et des acquis qui la définissaient en partie - unedémocratie par la citoyenneté universellement accordée quelles que soient les origines de chacun, dès lors qu'il acquérait la citoyenneté française par naissance ou l'embrassait par libre choix ; le désir ardent de composer avec les contraintes imposées par l'ennemi afin de réformer la France et d'assurer un semblant de souveraineté au régime de Vichy, au point d'exiger de l'occupant que ce soit lapolice française qui procède à certaines opérations nazies, telle l'arrestation de Juifs français et étrangers en juillet 1942 pour les livrer à la déportation ; la volonté enfin, par la « Collaboration d'État » voulue par Philippe Pétain, de faire toute sa place à l'État français dans l'Europe noire du iiie Reich en sorte que les derniers mois de l'Occupation furent ceux de la véritable guerrecivile que Vichy livra avec sa Milice aux Français qui refusaient que leur pays s'alignât de facto sur les objectifs de guerre d'un régime hitlérien crépusculaire. La Deuxième Guerre mondiale donna longtemps lieu à quelques commémorations, inégales dans leur importance : les cérémonies au Mont-Valérien, à Paris, où l'Occupant fusilla plus de 4 500 Français étaient, de loin, les plus importantes ; puisvenait le souvenir du village martyr d'Oradour-sur-Glane, rasé par la division SS Das Reich le 10 juin 1944 et dont les 643 habitants - hommes, femmes et enfants - furent brûlés vifs par des soldats dont nombre étaient des Alsaciens « malgré-nous » qui obéirent aux ordres et furent amnistiés en 1953 au grand dam d'une partie de l'opinion ; enfin, pour certains, demeuraient « Les martyrs de...
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