voix

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Corinne Grenouillet et Éléonore Reverzy (éd.), Les Voix du peuple dans la littérature des XIXe et XXe siècles. Actes du colloque de Strasbourg, 12, 13 et 14 mai 2005, Presses
universitaires de Strasbourg 2006. Un vol. de 399 p.
Avec vingt-huit contributions, organisées dans cinq chapitres, le livre aborde « la voix du peuple » (Michelet) ou plutôt « la manière dont le peuple se dit » enessayant « d’écouter et de faire entendre ces voix dans les œuvres littéraires et musicales qui l’ont répercutée » (« Liminaire », 6). Donner une voix au peuple est une idée nouvelle en littérature, directement liée à la Révolution et à ses changements politiques et culturels. Mais donner une voix au peuple est aussi une invention du XIXe siècle, et la distribution des articles le reflète : lescontributions à un sujet de ce siècle sont nettement plus nombreuses que celles consacrées au siècle suivant. Ceci est d’une part lié à l’évolution littéraire, avec une avant-garde croyant pouvoir dépasser de tels clivages et une littérature sociale divisée entre le populaire et le prolétariat dans la première moitié du XXe siècles, mais est aussi lié au fait que pour une
grande partie de la littératurede la deuxième moitié du siècle dernier, et plus encore la littérature contemporaine, le peuple est devenu une idée obsolète, « un objet qui s’éloigne dans le temps » (16), comme les deux éditrices le constatent avec la dernière phrase de leur excellent « Liminaire ».
D’une manière générale, les cinq chapitres se suivent chronologiquement et la chronologie domine aussi à l’intérieur deschapitres. Les titres des chapitres ne sont pourtant pas toujours évidents : si le dernier chapitre, avec cinq contributions consacrées à la littérature de la deuxième moitié du XXe siècle s’appelle « Voix d’en bas » (315-377), d’autres chapitres
pourraient aussi bien porter ce titre.
L’ensemble commence avec six articles dédiés aux « Voix révolutionnaires et Voix romantiques » (19-97), allant de Mercierjusqu’à Murger. Florence Lotterie (« Le Nouveau Paris de Louis-Sébastien Mercier : de la cacophonie révolutionnaire à l’unisson républicain », 19-28) montre clairement que Mercier, depuis le Tableau de Paris, s’adresse bien au peuple, mais qu’il décrit, observe, juge et critique plutôt ses voix qu’il ne laisse la parole au peuple. Mais si Mercier fait l’apologie d’une « régulation civique dulangage » (27), on assiste à une dénonciation de la voix populaire et révolutionnaire. Et si ces voix sont filtrées « par le tribunal de la raison de l’écrivain-philosophe » (28), c’est peut-être un trait qui caractérise nombre de « voix » littéraires du XIXe siècle.
Ceci vaut peut-être aussi pour « Une renaissance romantique : les chansons populaires » (29-40) de Michel Brix. Les anthologies dechansons populaires dans la tradition de Herder veulent montrer l’authentique grâce à l’oral, mais l’idéal de la poésie populaire n’a souvent rien de populaire, même si l’idéalisation parfois naïve contribue à faire du peuple « une réalité digne de la plume des auteurs littéraires » (40). Le modèle de référence des origines de cette poésie est Homère et Barbara Dimopoulou analyse (les) « Voix etinspiration de l’aède romantique, ou quelques représentations d’Homère » (41-53). De Nietzsche à Wolf et de Schiller à Vico, Homère représente « l’âme poétique d’un peuple » (42) et des poètes comme Nodier ou Mérimée se mettent à la recherche d’aèdes dans le présent et dans le passé. Mais les aèdes sont plutôt une projection de l’idéal romantique et la distance entre « les voix du peuple » de lapremière moitié du XIXe siècle et cette idéalisation aurait pu être plus
soulignée. L’article de Michel Crouzet renforce cette distance : consacré à « Paul-Louis Courier, la voix du peuple et le massacre de l’idylle » (55-76), l’article montre comment « il [Courier] est la voix du peuple, il parle à sa place, en sa faveur, il le fait parler » (55). Crouzet évoque le statut problématique de l’identité...