Zola - la fortune des rougon

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  • Publié le : 18 septembre 2010
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Zola- La Fortune des Rougon - Analyse de la manifestation des Républicains

Extrait du texte étudié
Après le coup d'État du 2 décembre 1851, un soulèvement a lieu en Provence. Pendant la nuit, deux jeunes gens ont rejoint, par la longue route qui descend de Plassans, un pont sur la Viorne, au fond de la vallée, et, sur l'autre versant, ils vont apercevoir trois mille insurgés républicains quidescendent de la route de Nice et auxquels l'un d'eux devait se joindre. La bande descendait avec un élan superbe, irrésistible. Rien de plus terriblement grandiose que l’irruption de ces quelques milliers d’hommes dans la paix morte et glacée de l’horizon. La route, devenue torrent roulait des flots vivants qui semblaient ne pas devoir s'épuiser; toujours, au coude du chemin, se montraient denouvelles masses noires, dont les chants enflaient de plus en plus la grande voix de cette tempête humaine. Quand les derniers bataillons apparurent, il y eut un éclat assourdissant. La Marseillaise emplit le ciel, comme soufflée par des bouches géantes dans de monstrueuses trompettes qui la jetaient, vibrante, avec des sécheresses de cuivre, à tous les coins de la vallée. Et la campagne endormies'éveilla en sursaut ; elle frissonna tout entière, ainsi qu'un tambour que frappent les baguettes ; elle retentit jusqu’aux entrailles, répétant par tous ses échos les notes ardentes du chant national. Alors ce ne fut plus seulement la bande qui chanta ; des bouts de l’horizon; des rochers lointains; des pièces de terre labourées, des prairies, des bouquets d’arbres, des moindres broussailles,semblèrent sortir des voix humaines ; le large amphithéâtre qui monte de la rivière à Plassans, la cascade gigantesque sur laquelle coulaient les bleuâtres clartés de la lune, était comme couvert par un peuple invisible et innombrable acclamant les insurgés; et, au fond des creux de la Viorne le long des eaux rayées de mystérieux reflets d’étain fondu, il n’y avait pas un trou de ténèbres où des hommescachés ne parussent reprendre chaque refrain avec une colère plus haute. La campagne, dans l'ébranlement de l'air et du sol, criait vengeance et liberté.

I – Introduction

Au lendemain du coup d'état du 2 décembre 1851 par lequel Louis-Napoléon Bonaparte a violé la légalité républicaine pour instaurer le Second Empire, deux jeunes provençaux, personnages de la Fortune des Rougon, premiervolume de la série des Rougon-Macquart, voient déferler sur eux trois mille manifestants républicains. Profitant de la situation géographique des deux témoins, Émile Zola donne à l’événement un caractère fantastique qui se grandit dans l’épopée: l'arrivée soudaine d'une manifestation devient sous sa plume un phénomène grandiose car la colère des insurgés semble recueillir l'adhésion du milieunaturel. Cet accord entre les hommes et la nature se constitue essentiellement par le jeu des métaphores ; mais le vocabulaire de la description crée en outre, notamment par l'usage des hyperboles, une atmosphère visionnaire, et le texte s'achève sur une véritable symphonie.

II – L'homme et la nature

Les images présentes dans le texte sont fondées sur un renversement : les hommes apparaissent commeliés à la nature alors que la nature est personnifiée. Du fait de la position des témoins qui se trouvent sur le pont de la Viorne, c’est-à-dire au fond de la vallée, et à distance des insurgés, l’arrivée de "la bande ", terme qui n'évoque pas précisément l'organisation, apparaît comme une sorte de déluge soudain. Sur fond contrasté de " paix morte et glacée de l’horizon ", l' élan irrésistible "ressemble à une crue". Tous les termes utilisés dans la description appartiennent en effet à ce champ lexical : " irruption ", route devenue " torrent ", " flots vivants ", " tempête humaine". À cette image de la crue est liée celle de l’orage puisqu’on voit s'accumuler " de nouvelles masses noires ", qu’on entend s’enfler " la grande voix de la tempête " et qu’éclate surtout une sorte de...
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