L'ecriture d'une oeuvre n'est elle qu'un question d'inspiration?

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  • Publié le : 3 mai 2011
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Tant d'éléments s'entrecroisent dans l'élaboration d'une oeuvre, participant de l'histoire et de ses oppressions, de la culture et de ses liens, attaches ou entraves, de la vie personnelle, avec ce qu'elle trame en l'être d'obscurités et d'évidences, d'influences aussi, sans cesse accueillies et dépassées, que trouver le sens d'une oeuvre relève un rien de la gageure. D'autant plus que le lecteuraussi mêle en lui autant de sources quand il conduit sa lecture. Peut-être faut-il accepter, paradoxalement, que l'oeuvre, jusqu'au bout, garde son secret. Jean-Louis Chrétien évoque fort bien, quelque part, la richesse du secret, planète noire d'où sourd pourtant l'inépuisable lumière. Nous préserverons ici ce secret, et n'imposerons aucune interprétation, nous contentant de renvoyer sans cesseaux livres et à l'oeuvre, à ce qui est écrit. Peut-être ouvrirons-nous ainsi quelques itinéraires de lecture que chacun pourra, à sa guise, poursuivre ou abandonner. Nous serons bref, voulant être discret.

Une vocation d'écrivain. Chez le jeune Mohamed Moulessehoul l'écriture est perçue comme un don du ciel l'obligeant, en échange de la grâce ainsi accordée, à remplir une mission. L'origine decette grâce, le jeune cadet de l'école d'Officiers de Cherchell, la trouve d'abord dans son ascendance. La mère de Mohamed avait pour fonction, dans sa tribu saharienne, de conter des histoires. L'enfant a le sentiment d'avoir reçu cette fonction en héritage. Elle se réalisera, non dans l'oralité, mais dans l'écriture, en tentant de rejoindre la cohorte des auteurs que lui révèlent ses lectures,et qui furent, avec quelques variantes dans les épisodes de leur vie, marqués du même signe. Leurs oeuvres sont autant de lumières pour guider les premiers pas dans un monde difficile, quelquefois atroce. Car écrire, relève évidemment aussi d'influences, et du besoin de dire le monde.

Un jeu d' influences. Dans son oeuvre, L'écrivain, ou L'imposture des mots, dans ses interviews, Yasmina Khadraégrène les noms de ceux qui furent ses maîtres. Camus et Kateb Yacine, Nazim Hikmet ou Nietzsche, et d'autres encore, fabuleux, Dostoievsky, Steinbeck, Gorki. Sa carrière de conteur et de romancier commence en écoutant ces voix là. Mais le parrainage de ces illustres devanciers, « cette amitié dans les étoiles » dont parle Nietzsche, ne peut suffire. Elle n'empêche pas les premiers manuscritsrefusés, les rebuffades. Et si de tels aînés sont des guides et des phares, des références et des modèles, il faut au romancier trouver sa source d'inspiration, et au milieu d'aussi prestigieuses harmonies, sa propre musique.

Une existence et des souvenirs. La part autobiographique de l'oeuvre de Yasmina Khadra est manifeste dans les textes que nous venons de citer, et qui ne sont pas des romans.Elle est peut-être repérable dans Cousine K., mais sans que l'on puisse définitivement effacer l'ambiguïté fondamentale qui préside à l'écriture, et que la critique structuraliste avait tenté de mieux cerner, à défaut de la dissoudre, en distinguant -pour aller vite- l'auteur du narrateur et de ses personnages. Après tout, Stendhal dans ses différentes préfaces à Lucien Leuwen, ne disait pas autrechose, en demandant (prudemment) qu'on ne veuille pas le confondre avec son personnage. La mise en garde et la prudence, révélant peut-être l'ambiguité de la relation entre l'auteur et sa créature. Yasmina Khadra n'est pas le commissaire Llob ni probablement aucun autre de ces personnages. Mais ses romans renvoient, incontestablement, par delà l'anecdote, à ce qu'il a vécu, traversé, aimé, ou haïet combattu.

L'Histoire du Monde. Dans Les agneaux du Seigneur, A quoi rêvent les Loups, comme dans les romans racontant les enquêtes du commissaire Llob, de Morituri à La part du mort, son dernier livre, Yasmina Khadra évoque son Algérie natale, ses douceurs peut-être, mais aussi le sang qui y coule, la démesure, l'horreur, et la mort donnée au nom de Dieu ou d'obscurs pouvoirs. Et quand...
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