La différence n'est pas le contraire de l'harmonie mais sa condition. là où la différence fait défaut, c'est la violence qui menace

Pages: 28 (6819 mots) Publié le: 15 avril 2011
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Luc Vendramin

Désir et besoin

Rapport provisoire
sur la médiation,
son statut et ses ressources

Deux approches théoriques de la question du désir se distinguent généralement, chacune exclusive de l’autre. La première se concentre sur l’individu, sur un plan ontogénétique. La seconde adhère à la phylogenèse, et considère le désir comme un élément soumisaux variations historiques collectives. Dans les deux orientations, on touche à d’indéniables éléments de vérité, mais leurs principaux défauts demeurent d’abord de s’ignorer réciproquement, rompant ainsi toute chance de situer la dialectique qui, selon toute vraisemblance, relie l’une à l’autre ; puis de postuler l’une comme l’autre un « en-deça » du désir, le besoin, comme une base stable, quel’on peut considérer comme mesure invariable du désir (lequel est dès lors invalidé comme vaticination arbitraire), ou que l’on peut au contraire rejeter comme stade primitif et misérable de l’humanisation (justifiant ainsi l’inflation illimitée de la concupiscence marchande). Dans cette référence au besoin se trouvent fondés tous les courants, qu’ils soient réformateurs ou plus ouvertement soumis auprésent : et par la pauvreté de cette référence, ils se trouvent également caractérisés comme moralistes, et donc réfutés.

Aux débuts de la société bourgeoise, la dichotomie conceptuelle entre besoin et désir ne faisait que reproduire passivement dans le champ théorique le clivage de la société en classes : le besoin figurant la condition prolétarienne, et le désir le luxe bourgeois.Désormais, par suite de la concentration de la classe bourgeoise et par suite de la dissolution de la culture et du mode de vie bourgeois par le capital lui-même, c’est d’une autre opposition qu’il s’agit : de celle entre la propagande marchande et la réaction qu’elle programme (une sorte de néo-stoïcisme qui peut adopter des couleurs ouvriéristes ou terroiristes en Occident, ou plus ouvertementreligieuses ailleurs dans le monde). Or, ce n’est pas sur ce mode qu’on peut parler du besoin, comme nous allons voir. Ni, donc, du désir.

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Partons de la première approche, ontogénétique, du désir.

Si le besoin se présente comme une caractéristique universelle du monde vivant, comme manque déterminé et comme anticipation d’un objet extérieur indispensable au métabolisme del’être, c’est que s’est instaurée une relation immédiate et simple entre sujet et objet du besoin : ainsi en est-il de l’animal et de son alimentation, de la plante et de sa photosynthèse. Le besoin apparaît comme un mode de relation stable, ancrant le sujet vivant dans son environnement et ayant tendance à se perpétuer identiquement, à travers la programmation génétique d’un mode d’interaction. Depuisles êtres monocellulaires, dont la morphologie simple inclut un orifice débouchant sur le monde, à la fois bouche et anus, le vivant n’est que cette synthèse entre l’absorption, l’assimilation et le rejet. Il n’est guère possible d’imaginer la naissance des formes primitives, animales, de fonctionnement mental comme distinctes de la perception du manque, de l’incomplétude du sujet, de la recherchede l’objet qui bouche la béance du besoin, et donc de cette détermination négative de l’ouverture au monde. Le manque à être n’est pas distinct de l’être et encore moins opposé à lui, il est en réalité identique avec lui : plutôt que de définir le manque par rapport à l’être, il paraîtrait justifié de définir l’être par rapport au manque.

Mais ce manque, qui plombe l’être, va aussi luipermettre de se différencier, de se raffiner, et, finalement, d’inverser la tendance, en donnant à l’être cette capacité de profusion et de générosité solaire qui fera de lui une source intarissable de dépense. La réalité simple du besoin tend en effet à se modifier dès que le besoin du vivant a entrepris de se médiatiser. Plus l’être vivant interpose entre lui-même et l’objet de son besoin des...
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