La négation entre l'absolu et le relatif

Pages: 16 (3981 mots) Publié le: 27 novembre 2014
La prémisse de cette communication est la conception de la philosophie élaborée par Wittgenstein. Pour le penseur autrichien, et particulièrement dans ladite deuxième phase de sa pensée, la fonction essentielle de la philosophie est celle, critique et thérapeutique en même temps, d’affranchir l’humanité des illusions linguistiques, c’est-à-dire des maladies engendrées dans la pensée par laméprise des instruments communicatifs que les langues naturelles en même temps lui mettent à disposition et lui imposent. Ce que j’essayerai de faire ici, c’est justement d’appliquer cette conception du philosopher comme procédure critique et thérapeutique à la compréhension d’un épisode initial mais crucial de l’histoire de la philosophie. On peut définir cet événement théorique originaire commel’absolutisation du négatif, ou l’absolutisation du non-être, et son importance relève du fait que, en vertu de sa nature initiale et fondatrice, cette opération a pesamment conditionné l’histoire entière de la philosophie occidentale.
Au sujet des débuts de la philosophie, et plus précisément du commencement grec de la philosophie occidentale, les opinions des philosophes sont fort divergentes. Dans lesillage de Nietzsche, Martin Heidegger a lu, par exemple, la philosophie grecque présocratique comme l’expérience d’une plénitude de vérité et d’une authenticité de vie qui ont été oubliées et trahies par l’histoire suivante de la civilisation et de la culture, de la pensée discursive et de la science représentative. Au contraire, avec son idée d’un sens progressif de l’histoire, d’une histoireconçue comme approfondissement de la compréhension que l’Esprit a de soi-même, Hegel a bien interprété la philosophie présocratique comme un lieu de la pensée, mais d’une pensée qui, précisément à cause de son caractère originaire, ne peut qu’être encore pauvre et abstraite, c’est-à-dire dépourvue de raffinement, d’articulations et de distinctions. Dans cette même perspective, du commencement commeexpérience abstraite et pauvre de distinctions et médiations, la genèse de la philosophie grecque a été lue aussi par un philosophe et éminent spécialiste italien de philosophie ancienne, Guido Calogero. Contre l’interprétation crypto-religieuse heideggérienne, Calogero comprit que la philosophie n’a pas pu naître innocente et pure comme Athéna de la tête de Zeus, comme une vérité proche de la vraiesource des choses, mais profondément conditionnée par les cultures religieuses, magiques, cosmogoniques qui l’ont précédée [1]. De même que pour un autre grand historien de la philosophie et des idées, Cassirer, auteur de la Philosophie des formes symboliques, ainsi, selon le penseur italien, la philosophie naît très proche d’une mentalité archaïque [2]. Les fragments d’Anaximandre ou de Thalès,de Parménide ou d’Héraclite conservent encore les traces d’une fusion entre symbole et symbolisé, entre langage et réalité, justement là-même où l’on trouve dans les expressions linguistiques rituelles et les formulations magiques, une modalité de la pensée dans laquelle les mots se laissent encore difficilement distinguer des choses, où ils ne signifient pas la réalité mais l’évoquent ou laproduisent eux-mêmes. Une modalité dans laquelle, par exemple, le prénom de l’Hélène homérique, l’Hélène de Troie, est dit par les poètes et les aèdes « nom véridique », parce que la vraie identité et l’histoire d’Hélène, « destructrice de navires », est déjà comprise dans le nom « ελε´αυζ », lu comme composé de « ελαω » (détruire) et « ναυζ » (navire).
C’est ainsi que, dans le domaine de cettementalité archaïque encore profondément enveloppée dans la conception d’une coalescence originaire, d’une unité indissociable entre réalité, vérité et parole, et donc dans l’ignorance de la nature symbolique et arbitraire du signe linguistique, que l’on peut comprendre le geste théorique avec lequel Parménide déclara solennellement l’indicibilité et l’inconcevabilité du non-être. Pour l’archaïque...
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