Le travail est-il une fatalité ?

Pages: 13 (3154 mots) Publié le: 1 mai 2010
LE TRAVAIL EST-IL UNE FATALITE ?

Introduction :
Parler d'une fatalité éventuelle du travail, c'est d'abord interroger le sens du travail pour l'homme. Que l'homme travaille est un fait indéniable. Par contre, le sens de cette activité sociale de production et d'échange ne va aucunement de soi. Plus encore, le fait que l'homme travaille le plus souvent par contrainte semble conforterl'hypothèse d'une fatalité du travail. Par fatalité, l'on désigne communément ce qui doit arriver, ce qui ne peut qu'arriver, que nous le voulions ou non. L'idée de fatalité s'identifie ainsi à celle de destinée dans le contexte religieux antique (voir l'idée du « fatum »). Dans le contexte économique et social du travail, la fatalité semble plutôt devoir être comprise comme une obligation, celle qui nousimpose d'être socialement utiles et productifs. Pourtant, affirmer que le travail, en soi, constituerait une obligation en quelque sorte « fatale » ne peut revient-il pas à le réduire à ce qu'il n'est pas essentiellement ? En effet, ce même travail peut tout aussi bien devenir le principe d'une libération de l'homme, à l'image de celle thématisée par Hegel dans sa dialectique de la maîtrise et dela servitude. Par suite, le sens de ce que travailler veut dire ne saurait être univoque. Le concept et la valeur du travail ont assurément plusieurs sens irréductibles à la seule fatalité et au pessimisme radical qui l'accompagne.

1 – Le travail définit, en premier lieu, une obligation sociale qui n'a rien, à proprement parler, de fatal, même si les conditions de mise en œuvre de cetteactivité peuvent s'avérer punitives.

Ce qui distingue le travail de toute autre activité animale est d'abord son origine spécifiquement sociale, origine irréductible à tout déterminisme biologique instinctif. Originairement, nous n'avons pas travaillé naturellement mais plutôt culturellement. A ce titre, le travail ne fut pas initialement une fatalité naturelle mais une obligation sociale, ce qui estfort différent même si ces deux réalités expriment des formes de contrainte. Soit l'exemple de l'analyse par Rousseau, de la différence entre l'activité de l'homme lors de « l'état de la nature » (une première humanité nomade qui se consacre à la chasse, pêche et cueillette) et celle de l'homme lors de l'instauration de « l'état civile » (une seconde humanité sédentarisée dans l'activité agricolepuis artisanale et qui invente la propriété privée, ce qui renforcera les différences sociales). Cependant cette entrée dans le processus de la culture par le travail n'a rien de proprement fatal, à moins de la rapporter à une très hypothétique finalité (divinité ou autre) qui gouvernerait le cours de l'histoire des hommes. Au contraire, cette organisation sociale qu'institue le travail (voir leconcept fondamental de division du travail qui apparaît dès La république de Platon) exprime une choix de l'homme et plus précisément le choix de l'invention d'une forme politique. En effet, aussi négaux que soient les effets sociaux de cette organisation politique avec essentiellement l'institutionnalisation de l'esclavage et l'idée que le travail sera alors conçu (chez les Grecs puis lesRomains) comme une activité dégradante, les hommes assument alors un choix moralement injuste mais politiquement efficace. Il est vrai, par contre, que les première victimes sociales de ce choix, à savoir les esclaves et les travailleurs purent légitimement penser que ce choix-politique équivaut à une punition relevant de la fatalité dans la mesure où un tel travail s'identifie à un asservissementdéshumanisant. De là la fréquente association entre le concept d'un tel travail et la racine linguistique latine qui associe le « travail » à un instrument (le « tripalium ») servant soit à enchaîner les animaux, soit à torturer les hommes. Le sens premier de ce travail contraint et souvent servile définit une forme de fatalité sociale par opposition stricte à l'activité libre (« skholê » en grec, «...
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