Meirieu

Pages: 5 (1093 mots) Publié le: 12 juin 2012
Bloc-notes de Philippe Meirieu du 19 novembre 2008

Nous sommes tous des « professeurs d’école »
À la veille de la grève nationale du 20 novembre, nous savons déjà qu’elle va concerner un nombre extrêmement important d’enseignants du primaire… Il y aura probablement, comme toujours, une querelle de chiffres, mais elle ne trompera personne : jamais, depuis fort longtemps, les professeursd’école n’ont été aussi mobilisés. Quiconque, aujourd’hui, prend la peine de regarder de près ce qui se passe dans nos écoles primaires peut le constater : le « ras le bol » est général, l’agacement a laissé la place à la colère, les revendications sur les moyens s’articulent sur le sentiment de vivre une véritable agression identitaire. Qu’est-ce qui se passe en effet sous nos yeux ? Les programmes de2002, qui voulaient équilibrer découverte et formalisation, projet culturel et exercices d’entraînement, ont été abandonnés et remplacés à la va-vite par des programmes qui réduisent l’élève à un « computeur »… L’équilibre de la semaine scolaire a été gravement compromis par la suppression, brutale et sans concertation, des cours le samedi matin et l’allongement des journées de travail pour lesélèves les plus en difficulté… Dans la foulée, les Réseaux d’Aide Spécialisés aux Elèves en Difficulté (RASED) se trouvent remis en cause : puisque les enseignants « ordinaires » disposent d’heures spécialement dédiées à ces élèves, pourquoi maintenir les RASED ? On abandonne ainsi, au passage, l’inspiration fondatrice des RASED : « différencier sans exclure », apporter des aides spécifiques aux élèvesqui en ont besoin sans les stigmatiser… En même temps, les attaques contre l’école maternelle pleuvent et, alors que l’Europe se tourne vers la France qu’elle considère en avance dans ce domaine, notre pays fait marche arrière : recul massif de la scolarisation à deux ans et même, mécaniquement, à trois ans (dans la mesure où, parfois, l’on n’inscrit plus en maternelle que les élèves qui ont troisans à la rentrée) ; remise en question des modèles pédagogiques de l’école maternelle, pourtant solidement ancrés dans une tradition et étayés par la recherche ; suspicion entretenue sur les surcoûts d’une école qui, en réalité, n’est pas plus chère que des systèmes de garde aux ambitions éducatives bien moins grandes ; mépris affiché pour des enseignants et enseignantes qui travaillent auquotidien avec l’obsession de rétablir, par l’École, un peu de justice sociale… À côté de cela, se poursuit un mouvement de 1

libéralisation de l’offre scolaire : assouplissement de la carte scolaire et publication, plus ou moins officielle, des résultats des écoles afin de fournir aux parents – ainsi réduits à des consommateurs d’école – les indicateurs nécessaires pour développer des stratégiesindividuelles au détriment de la confiance dans le service public en tant que tel… Le libéralisme mobilise ainsi la technocratie pour réduire notre École à un grand supermarché scolaire. Il multiplie les évaluations, pilote « par les résultats », diffuse des « tableaux de bord » en prétextant la nécessaire transparence d’un système qui, en réalité, est nié dans ses fondements mêmes : au lieu d’unÉtat qui s’engage pour garantir, avec les citoyens, la qualité du service public, nous voyons un État qui se contente garantir l’exactitude des évaluations… par ailleurs terriblement réductrices à ce qui est strictement mesurable et quantifiable, au détriment d’une formation à long terme…. Il faudrait ajouter, à ce panorama, la suppression invraisemblable des IUFM et, donc, de la formation enalternance des enseignants : comment ne pas voir là un mépris réel pour une profession qui voit disparaître l’outil de la construction de sa culture, de ses compétences, de sa cohérence ? Car, si l’on regarde bien l’ensemble de ces mesures, c’est bien, très spécifiquement, l’enseignement primaire dans son identité qui est visé… Certes, cela n’est pas très nouveau ! À l’époque de Jules Ferry...
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