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Pages: 33 (8183 mots) Publié le: 23 février 2011
La malséance au théâtre (1830-1838) : Hernani, Ruy Blas et le public

La doxa scolaire enseigne que le drame romantique hugolien a, par son mépris des unités classiques et par sa désarticulation de l’alexandrin, suscité l’incompréhension ou la répulsion du public contemporain. Chacune de ces provocations « rhétoriques » attribuées au dramaturge mérite pourtant d’être revue et nuancée : l’unitéd’action (ou plutôt son unification) est scrupuleusement respectée, application du projet esthétique de la Préface de Cromwell[1] ; l’unité de lieu (étrangère du reste à la poétique aristotélicienne), n’est violemment faussée que le temps de l’acte d’Aix-la-Chapelle dans Hernani ; la continuité temporelle est assurée par le « trompe-l’œil » de la journée apparemment déroulée par Ruy Blas[2]. Dureste, le triomphe de Trente ans ou La vie d’un joueur de Victor Ducange, certes à la Porte Saint-Martin et non au Théâtre-Français, démontre en 1827 que les unités ne constituent plus un point de crispation pour une bonne partie du public. Ce système des unités a depuis longtemps été mis à mal, dans les tragédies de Népomucène Lemercier, Pinto (1800) et Christophe Colomb (1809), par exemple. Quantaux alexandrins de Hugo, souples comme la prose, hardis dans leurs enjambements et sonores dans leurs rimes, ils n’ont pas été toujours entendus dans leur force poétique et rythmique par les spectateurs[3]. Si les représentations d’Hernani ont donné lieu, selon la construction mythique élaborée a posteriori, à une bataille, si huit ans plus tard, la première de Ruy Blas suscite la colère d’unecertaine critique et l’incompréhension de quelques doctes, cela résulte moins du heurt esthétique ou artistique subi par les « classiques », que d’un choc plus profondément culturel et moral, somme toute « idéologique[4] » – ni purement rhétorique, ni simplement politique. Le drame hugolien atteint et ébranle une série de représentations symboliques communément admises, brise un socle d’idéesgénérales, non seulement sur la langue littéraire et l’art, mais aussi sur l’homme – la permanence de son être, la rationalité de son comportement, sa place dans l’ordre social et dans le temps historique. Les héros hugoliens, leurs paroles, leurs actions et leurs passions, ne correspondent pas à ce qu’il est permis globalement d’attendre (et d’entendre) d’un personnage de théâtre, dans un rôle et ungenre donnés, sur une scène principale ou secondaire en 1830 ou 1838. La conception même de la relation entre scène et salle, et dès lors de la mission du théâtre et de l’art dans la société, s’en trouve révolutionnée. Le coup le plus dur porté par Hugo à l’édifice classique, déjà largement entamé avant lui, touche en effet un code implicite, celui des « bienséances », emporté par la libération du motpropre, atteint par le brouillage des emplois, détruit par le mélange des tonalités et des genres, ou par leurs chocs oxymoriques.
Le Victor Hugo de 1827 s’en prend déjà à la « bégueulerie rare » de la muse tragique adorée par l’école classique française ; il défend le « mot propre », l’oppose aux fausses « caresses de la périphrase » : « […] nous voudrions un vers libre, franc, loyal, osanttout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche ; passant d’une naturelle allure de la comédie à la tragédie, du sublime au grotesque ; tour à tour positif et poétique, tout ensemble artiste et inspiré, profond et soudain, large et vrai[5] […] ». L’auteur de la Préface de Cromwell rejoindrait presque le Stendhal de Racine et Shakespeare (ou Madame de Staël dans De l’Allemagne), s’il neprônait, contre tous ceux qui ont conclu que le drame devait être écrit en prose, le parler naturel au sein même du vers, instrument « optique » de grossissement, et outil de totalisation. Mais le mot (les « bienséances oratoires ») ne constitue qu’une partie[6], lexicale et rhétorique, du système des « bienséances » forgé par la dramaturgie classique française, codifiant l’expression des idées et...
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