Quand la littératur s'engage

Pages: 7 (1554 mots) Publié le: 13 janvier 2011
“Mouloud Feraoun, un écrivain dans la guerre d'Algérie”, par Sylvie Thénault

La littérature de Mouloud Feraoun serait-elle une littérature complaisante à l’égard du système colonial ? Elle pose le problème toujours douloureux de la place du français dans la culture algérienne et de la signification de son utilisation par des Algériens, suspectés de bienveillance envers le colonisateur. Sur cepoint, Christiane Achour apporte une réponse clairement négative : l’utilisation de la langue française par les écrivains algériens n’est pas une soumission, une concession faite à l’occupant. Elle est le moyen d’instaurer un dialogue avec l’occupant et de lui répondre  [12]. Le miroir, premier ouvrage de ce type, a été écrit en 1833 par Hamdan Khodja qui avait souhaité une traduction en françaispour plaider la cause des Algériens devant l’opinion publique métropolitaine. L’utilisation de la langue française peut donc être une « résistance de fait », selon les termes de Christiane Achour [13]. Du point de vue thématique, la littérature de Mouloud Feraoun a le mérite de mettre en scène la société kabyle, la vie des colonisés, absents des écrits des auteurs européens ou caricaturés commedes berbères qui, primitifs », vivraient dans « l’archaïsme ». Pour Christiane Achour, la littérature de Mouloud Feraoun est une « littérature de la rectification et non de la remise en cause » [14]. Mouloud Feraoun insiste lui-même sur cet aspect dans un texte sur la littérature algérienne. Il y constate l’absence des Algériens dans les romans de ses amis, Albert Camus et Emmanuel Roblès, etconclut, à propos des écrivains algériens de langue française : « Notre position n’est pas si paradoxale qu’on le pense. En réalité, nous ne nous trouvons pas "entre deux chaises" mais bel et bien sur la nôtre » [15].

Le 15 mars 1962, l’OAS s’attaque donc à une structure de coopération, suspecte aux yeux des adversaires de la négociation et de la parole nouée entre Européens et Algériens. Le commandofait irruption vers 10 h 30 au siège des CSE où sont réunis six responsables : Max Marchand, chef des CSE, inspecteur d’académie précédemment en poste à Bône, muté à Alger après un attentat contre son domicile en 1961 ; Mouloud Feraoun et Ali Hammoutène, directeurs adjoints des CSE ; Marcel Basset, chef d’un centre de formation ; Robert Aimard et Salah Ould Aoudia, inspecteurs des CSE. Tous sontdes fonctionnaires de l’Éducation nationale. Le commando les fait sortir dans la cour du bâtiment et les mitraille d’une centaine de balles. Les auteurs de ce crime n’ont jamais été punis ni clairement identifiés, sauf Roger Degueldre qui dirigeait le commando OAS du secteur d’El Biar où l’assassinat a eu lieu [42].
Destin tragique de Mouloud Feraoun dont l’assassinat et celui de ses collèguesont lieu à quelques jours du cessez-le-feu. Le jour des obsèques des six victimes, le dimanche 18 mars 1962, la radio annonce la fin des combats en Algérie à 16 heures. En fait, ces assassinats s’inscrivent dans une vague de violence terrible de l’OAS qui a commis plus de 600 attentats durant le seul mois de mars 1962, dans le but de torpiller toute tentative de paix sur le territoire algérien. Cetassassinat reste le moment le plus évoqué en France de la biographie de Mouloud Feraoun. En effet, le lendemain de sa mort, la presse métropolitaine revient longuement sur l’écrivain et le présente comme l’ami de certains de ses pairs français reconnus et célébrés. Le Figaro signale qu’il était l’ami d’Albert Camus, Libération et Le Monde ajoutant Jules Roy et Emmanuel Roblès [43]. Si Le Figaros’en tient à cette seule présentation, les deux autres quotidiens développent chacun l’aspect de la vie de Mouloud Feraoun convenant le mieux à leurs options : Le Monde retient l’écrivain présenté comme « un des plus probes et des plus significatifs de la culture originale qui s’est développée sur la terre d’Algérie et l’un de ceux qui y faisait le plus honneur à la civilisation française » [44]....
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