Spinoza

Pages: 8 (1780 mots) Publié le: 2 octobre 2013
« Plus on prendra de soin pour ravir aux hommes la liberté de la parole, plus obstinément ils résisteront, non pas les avides, les flatteurs et les autres hommes sans force morale, pour qui le salut suprême consiste à contempler des écus dans une cassette et à avoir le ventre trop rempli, mais ceux à qui une bonne éducation, la pureté des mœurs et la vertu donnent un peu de liberté. »Spinoza, Traité théologico-politique, XX

Il est de tradition que la philosophie mette à la question le discours politique, quitte trop souvent à lui nier toute pertinence et à lui reprocher de n’être pas ce qu’en aucune manière il n’a à être, c’est-à-dire un discours du vrai. Au-delà de ce malentendu fondamental, dont la critique platonicienne des sophistes a sans doute été la matrice, il reste àinterroger inlassablement la légitimité des pratiques discursives en politique, cela tout en reconnaissant au discours politique sa spécificité et sa nécessité.
Or c’est dans un rapport essentiel à la conflictualité inhérente à toute réalité sociale que se développe le discours politique, nécessairement soumis à des exigences d’efficacité, puisque le champ du politique est celui de la décision etde l’action. Mais tout énoncé politique doit pouvoir s’inscrire dans l’espace d’un débat public, faire l’objet de la critique et des controverses, donc d’une évaluation et d’une interprétation. En ce sens, tout énoncé politique doit engendrer en retour d’autres énoncés. De ce jeu croisé des énoncés dépend l’existence même de la République, qui ne saurait être qu’à la condition d’être à la foisl’objet et le lieu du débat politique. Rhétorique par excellence, un tel débat requiert l’acte permanent d’une intelligence herméneutique, à même justement d’en évaluer les excès éventuels ou les dérives ; il est bien entendu l’expression des conflits qui traversent le champ politique tout autant que la condition de leur résolution ou de leur redéfinition.
C’est aujourd’hui l’existence même du débatpublic qui est menacée, et partant l’existence de quelque chose comme la République. Le phénomène n’est pas tout à fait récent, contre l’avis de ceux qui feignent aujourd’hui de le découvrir, et il n’est pas non plus le fait des seuls responsables politiques, puisqu’il est pour une bonne part entretenu et renforcé par les médias. Il tient pour l’essentiel à ce que la chose publique est devenuedepuis à peu près un quart de siècle un objet de communication plus que l’enjeu d’une argumentation. Cette transformation de plus en plus marquée ne saurait être comprise indépendamment de la volonté (plus ou moins consciente, c’est à déterminer) de produire une image apaisée des sociétés démocratiques modernes, c’est-à-dire de gommer autant que faire se peut la réalité des conflits qui lestraversent et les agitent, d’en approcher la violence sur le mode du déni ou du travestissement. C’est pourquoi à la rhétorique du débat, qui suppose la reconnaissance et l’acceptation de la possibilité des avis contraires, tend trop souvent à se substituer une rhétorique de la dénégation et de l’évidence, qui tiendrait, pour résumer, en cette formule : « Il ne saurait y avoir de débat, puisqu’il nesaurait y avoir légitimement de désaccord. » Autrement dit, l’idéal affiché est celui de sociétés strictement consensuelles, pacifiées absolument, où la gestion des affaires n’est plus qu’une question technique, et où la question évidemment politique de ce qu’on appelait naguère « les choix de société » se trouve remisée au rayon des antiquités, sous couvert de « mort des idéologies ». Mais lephénomène ne serait pas d’une extrême gravité si l’enjeu n’en était pas l’avenir de la démocratie, qui de fait se trouve mise à mal par la nouvelle rhétorique du pouvoir. En effet, l’exercice de la démocratie suppose, parce que la chose politique est chose commune, le recours au débat, qui est seul à même d’exprimer le jeu des conflictualités inhérentes au corps social. Le débat politique est donc...
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