Une étude sur corbière (brouillon)

Pages: 8 (1897 mots) Publié le: 7 mai 2010
Jules Laforgue : Une étude sur Corbière (brouillon)
Bohême de l’océan ; chantant le matelot breton libre et méprisant les terriens. Picaresque et falot (a pris ce prénom Tristan : chevalier errant de la Triste figure).
Cassant, concis, cinglant le vers à la cravache. Sa préface porte en titre : Ça, noyé en une page blanche. Mais jamais d’ordures, d’obscénités voyantes de commis.
Stridentcomme le cri des mouettes et comme elles jamais las. (Le vent des côtes de Bretagne lui a fait trouver et aimer le verbe plangorer.)
L’eau-forte, un profil de satyre libidineux et falot, maigre, qui a bien roulé, inculte, trempé par l’averse du large qu’il regarde en face, attaché les mains au dos à un mat, près d’une borne, son feutre à terre.
À chaque sortie il avertit : vous savez ! me prenezpas au sérieux. Tout ça, c’est fait de chic, je pose. Je vais même vous expliquer comment ça se fabrique.
*
Deux parties :
Une où il raconte en vers sans armatures, ni volutes, qui se désagrégeraient sans le coup de fouet incessant de l’expression mordante et la poigne d’ensemble. - Sans esthétique. - Tout, et surtout du Corbière, mais pas de la poésie et pas du vers, à peine de lalittérature.
L’autre plus intime, tout subjectif, replié sur soi ou à Paris ou sur l’eau et très-self aussi comme métier sans que ce métier soit riche, non un art mais une manière. Une tenue très chic, non une esthétique profonde.
Quant à l’éternel féminin, il l’appelle « l’éternel Madame » ; madame, ce joli mot des cours d’amour du moyen-âge.
La femme qui fait des manières :
En serez-vous un peumoins nue,
Les habits bas
Il a connu la fille des congés à Paris ... les exportations sous toutes les latitudes accablées.
Sensuel, il ne montre jamais la chair ; miracle, il n’y a pas un sein, une gorge dans ses vers ; encore moins des ventres et des cuisses. Il n’indique que le coup de hanche, le tour de main, l’air de tête ... ombrelle, éventail.
Un léger priapisme de barrière.
La femmede Montmartre qui n’a qu’un art : la toilette, et qui ne la pousse que dans un sens, souligner son esthétique de pantin à la mode éphémère, pantin incassable comme les buses de son corset. Vers nuls de la plus basse cuisine :
« Vous qui ronflez auprès d’une épouse endormie.
Mais toujours le mot net - il n’y a pas un autre artiste en vers, plus dégagé que lui du langage poétique. Chez les plusforts vous pouvez glaner des chevilles, images - soldes poétiques, ici pas une : tout est passé au crible, à l’épreuve de la corde raide.
Métier bête ; strophes de tout le monde ; oublis, réels oublis, dans les alternances des féminines et des masculines, rimes ni riches ni pauvres, insuffisantes et quelconques, et ne se permettant d’ailleurs rien - sauf la paresse, l’inattention prouvantradicalement une incurable indélicatesse d’oreille, par exemple ces tas d’alexandrins qui sans raison, par ci par là, n’ont que onze syllabes.
L’assonance imprévue ne lui est pas invite à musique exotique, mais tremplin à coq-à-l’âne.
Il n’est pas artiste, mais on pardonne tout devant des plaintes parfaites et immortelles comme : Le poète contumace.
Tout passé au crible ! On peut voir ça danscertaines pièces. Il écrit le titre, le sujet, le mot-sujet. Et là il se prend la tête, et cogne contre ce mot, l’assaille, et alors c’est une grêle de définitions, de jappements brefs, ainsi dans le Sommeil où, en strophes inégales chacune sur une seule et même rime féminine, durant une litanie de cent cinquante vers il le définit, une définition par vers, quelquefois, toujours avec pointd’exclamation. C’est étourdissant, c’est de la folie à vide ; mettez-vous à sa place. C’est assurément après une de ces parties qu’il a dû se jeter à la mer comme point d’exclamation final.
Une lanterne magique montrant sous mille facettes colorées la même lumière qui est au centre - à la façon de Hugo, mais Hugo tourne comme un cyclone large symphonique à son aise, ici c’est un petit albatros.
*
A...
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