Antéchrista

par

Adolescence et crise identitaire

Antéchrista est le théâtre des vicissitudes cruelles que peuventconnaître les adolescents. La crise identitaire en particulier, très souventcaractéristique de leur vulnérabilité, y est largement abordée. Elle y estpeinte tantôt sous les traits d’un besoin compulsif d’être intégré à la viesociale, tantôt sous les dehors d’une tendance marquée à exister et às’identifier dans le regard des autres. Ici c’est Blanche qui en est la représentationla plus crue. La dépendance qu’elle manifeste vis-à-vis du regard des autressur sa personne, et en particulier celui de Christa, en est la plus évidenteillustration.

« Depuis ma puberté, je détestaismon physique. Je constatai que le regard de Christa avait aggravé la situation; je ne pouvais plus me voir qu’au travers de ses yeux et je me haïssais. »

Le« je » de l’adolescente s’efface derrière la confrontation permanenteet humiliante au monde extérieur. Plus le vecteur de cette humiliation se situeprès de l’espace vital nécessaire à la survie de la victime, plus il estefficace. Par exemple, l’humiliation que Blanche subit de la part de sesparents l’affecte davantage que le mépris dont Christa l’accable :

« Avait-elle donc trépané mesparents pour qu’ils soient devenus si bêtes ? Je les regardais sanscomprendre : savaient-ils qu’ils ne cessaient de me renier ? Pourquoiméprisaient-ils leur enfant ? Leur affection pour moi avait-elle si peupesé ? »

Deplus, le désir de se conformer à un personnage, dont elle pense qu’il seramieux accepté et plus visible par les autres, induit une trahison des principeset des spécificités de la victime. La victime, pour complaire à l’autre, secouler dans un certain moule social, doit plier sa personne d’une certaine manière,infléchir sa personnalité, se conformer à certaines attentes. Ce n’est pas vraimentd’amour à proprement parler dont elle a besoin, mais d’estime et deconsidération. Elle veut se sentir écoutée, respectée ou désirée.

« Ce n’est pas qu’ils étaient galants,affectueux, attentionnés ni même polis. À l’un d’entre eux – lequel ? Ilsétaient tellement interchangeables – je ne pus m’empêcher de poser la questionqui m’obsédait :

– Pourquoi tu m’embrasses ?

Il répondit en haussant les épaules :

– Parce que tu n’es pas plus mochequ’une autre.

J’en connais plus d’une qui eût gifléle mufle. Quant à moi, j’y vis un compliment fantastique: “pas plus mochequ’une autre”, c’était mieux que je n’eusse osé espérer dans mes rêves les plusfous. »

Cettecrise identitaire est également manifeste dans les rapports collectifs, àl’université par exemple. C’est dans ces rapports qu’elle est la plusinsidieuse, parce qu’aisément occultée par les effets pernicieux des grands ensembles.Il semble alors plus facile de rendre les armes devant une sorte de « loidémocratique » selon laquelle la masse prévaut et a la raison de son côté.

« J’allais protester quand ellevit des amis à elle. Ils vinrent la chercher avec les effusions bourrues quiétaient leur habitude. Ils se mirent ensemble à boire et à danser. […]

Autour de moi, beaucoup d’étudiantsétaient ivres. J’aurais aimé l’être également, mais j’étais trop seule pourboire. Je m’évertuais à bouger sur place. Des heures harassantes se passèrentainsi, absurde lutte en vue de rien. »

Dansle roman, la crise identitaire de la victime est parachevée grâce à sonsubconscient qui prend le relais de son entourage. Le monologue à registredépréciatif, larmoyant et désespéré, est souvent le moyen le plus usité, mâtinéd’une autodérision prononcée. L’esprit de la victime se convainc de sacondition de médiocre ou d’inutile, et ce envers et contre toute logique. 

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