Antéchrista

par

Une intrigue moulée sur des personnages archétypaux

Dans l’ébauche des divers personnages évoluant au cours de l’intrigue, les traits physiques le cèdent nettement aux traits psychologiques. Cette disposition annonce la profondeur et la complexité des rapports entre les personnages, et la coloration riche et très nuancée du récit.

Les personnages de Christa et de Blanche en particulier sont fondés sur des archétypes, qui ont à voir avec une position sociale, ce qui en fait des personnages réalistes. Par exemple Blanche figure l’archétype de la naïveté et de la marginalité sociale, car elle cherche constamment à plaire et à s’intégrer, tandis que Christa est l’archétype de la manipulation, de celle qui sait dominer l’échange social et l’incliner à son avantage. L’intrigue est construite et évolue autour de la confrontation de ces deux archétypes. Néanmoins, à de certains moments, un personnage, pour mieux résister à l’autre, peut emprunter les contours de l’archétype de son principal antagoniste. En effet Blanche manipulée par Christa et révoltée à l’idée que ses parents soient également ses victimes se métamorphose en une manipulatrice froide et cynique :

« Je ris dans ma moustache en songeant à l’humiliation qu’elle allait vivre.

Deux heures plus tard, l’air furibard, elle vint me dire :

– Tu t’es bien fichue de ma gueule ! »

Au milieu de ces deux archétypes que tout oppose et qui pourtant par un fatalisme voulu par l’auteur évoluent conjointement, sont insérés des personnages cadres ou personnages témoins. Les parents de Blanche notamment jouent ce rôle ; ils constituent une mesure de la résistance humaine à l’influence d’un tiers, du fait qu’ils sont victimes du jeu de séduction initié par Christa qui les fascine. Leur crédulité prouve l’efficacité des efforts de manipulation de Christa, et suggère que beaucoup d’autres, étant donné leur « normalité », leur intelligence au moins moyenne, auraient tout aussi bien pu se trouver bernés.

« Que ces images fussent convenues importait peu. Je me demandais comment Christa avait procédé pour prendre à ce point possession de l’âme de mes parents et, accessoirement, de la mienne. »

De plus le procédé narratif dévoie le profil archétypique du parent. En tant que parents, le lecteur s’attendrait en effet à ce que ceux de Blanche manifestent une attitude protectrice et encourageante vis-à-vis de leur fille, mais au contraire ils la méprisent, l’humilient et lui déclarent même leur préférence pour Christa. Loin cependant de constituer par là des antagonistes au personnage de Blanche, ils constituent seulement un obstacle pour elle, dont l’auteur se sert comme d’un prétexte à une analyse psychologique qui participe de la complexité de l’intrigue du récit. 

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